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Tourisme en Nouvelle-Aquitaine : proximité et résilience européenne, le pari gagnant ?

Écosystème
jeudi 02 avril 2026
Tourisme en Nouvelle-Aquitaine : proximité et résilience européenne, le pari gagnant ?

Le littoral conserve une excellente attractivité : 5% des communes y concentrent un tiers des séjours et plus de 40% des nuitées. Crédit : Adobe Stock

Avec sa dernière vaste enquête, le Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine dispose d'indicateurs tout frais, quantitatifs et qualitatifs. Une référence pour une filière au poids économique majeur.

Le secteur touristique néo-aquitain a définitivement tourné la page de la crise sanitaire. Avec une hausse de 16% des séjours par rapport à 2019, la région enregistre 206,3 millions de nuitées et une manne économique de 14,8 milliards d'euros. Pourtant, l’enseignement majeur de la grande enquête que vient de dévoiler le Comité régional du tourisme ne réside pas seulement dans le volume, mais dans la structure même de cette clientèle. Pour Christelle Chassagne, présidente du Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine, ces données sont le socle de toute action : « La data est vraiment la colonne vertébrale du tourisme. Sans ces chiffres, nous sommes dans le brouillard, il nous est impossible de réaliser des stratégies. »

L’ancrage régional : premier moteur de croissance

La Nouvelle-Aquitaine bénéficie d'un solide socle de fidélité : 85 % des touristes sont Français et parmi eux, les habitants de la région sont les premiers clients de leur propre territoire. Ils représentent 32% des séjours, une « puissance du tourisme infrarégional » qui ne se dément pas. Cette clientèle de proximité est un levier majeur de la désaisonnalisation, étant particulièrement active durant les mois d'hiver. Cette domination du tourisme domestique est une protection structurelle. Aurélie Loubes, directrice générale du Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine, analyse cette spécificité comme un rempart stratégique : « Notre très faible dépendance aux clientèles lointaines est un facteur de résilience car le tourisme domestique a continué à demeurer », face aux instabilités géopolitiques mondiales. En effet, la part des clientèles hors Europe reste mineure (moins de 1%), limitant ainsi l'impact des crises internationales qui frappent plus durement des régions comme PACA.

Le come-back britannique et l'explosion belge

Sur le front international, la part des étrangers grimpe à 15% (et même 19% en été), avec une hausse spectaculaire de 69 % des séjours étrangers depuis 2019. Au sommet du podium, le Royaume-Uni confirme son rang de première clientèle internationale avec 22% des nuitées étrangères. Cette réussite n'est pas le fruit du hasard mais d'un investissement maintenu malgré les turbulences du Brexit. Aurélie Loubes souligne que le CRT n'a jamais « lâché le marché » : malgré la chute de fréquentation initiale et un énorme turnover chez les tour-opérateurs britanniques, les équipes régionales ont entretenu les relations avec les nouveaux agents pour assurer ce rebond de 42% des nuitées britanniques. Le paysage européen est complété par une notable percée de la Belgique, dont les nuitées ont bondi de 104%, hissant le pays à la troisième place des clients étrangers.

Une stratégie de valeur plutôt que de distance

Si la région continue de courtiser les marchés nord-américains (États-Unis, Canada), c'est avant tout pour leur forte valeur ajoutée en termes de dépenses moyennes, notamment pour soutenir la filière œnotouristique. Cependant, ce développement est piloté par une volonté de durabilité. Christelle Chassagne assume ce positionnement comme un acte politique fort pour l'équilibre du territoire : « C’est un choix politique de dire que nous n'irons pas travailler partout... pour ne pas parler de surfréquentation ». L'objectif est désormais de transformer le modèle en privilégiant l'intermodalité - le train progresse d'un point tandis que l'avion recule de deux points - et en favorisant un étalement de la saisonnalité.

Adapter l'accompagnement des acteurs locaux

Ces indicateurs permettent au CRT d'ajuster ses aides aux professionnels. Face à une satisfaction globale de 8,6/10, les critiques sur le rapport qualité-prix de la restauration et de l'hébergement rappellent que l'inflation pèse sur les arbitrages des vacanciers. Le ruissellement économique de ces 15 milliards d'euros reste vital pour de nombreux territoires ruraux qui, sans cette manne, seraient « vraiment en peine ». En conclusion, la Nouvelle-Aquitaine dessine les contours d'un tourisme « 4 saisons » plus résilient, où la fidélité des Européens et des Néo-Aquitains compense la volatilité du grand international. C'est en « accueillant mieux » plutôt qu'en cherchant à « accueillir plus » que la région entend pérenniser son titre de destination préférée des Français.


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