Municipales à Pessac. Logement : les différences de vues des candidats pèseront-elles sur le scrutin ?
Débat pessacais à l'occasion des municipales, sur les problématiques liées au logement et à la filière construction. Crédit : FFB Gironde
Les quatre principaux candidats aux municipales de mars prochain à Pessac partagent souvent les mêmes constats sur le logement mais divergent quant aux solutions. Le devenir du quartier de Saige cristallise les clivages.
À l’invitation de Placéco et de la Fédération française du bâtiment de la Gironde, les quatre principaux candidats à Pessac pour les élections municipales de mars prochain ont débattu ce jeudi matin sur les principaux enjeux locaux liés au logement et à la filière construction. Le maire sortant, Franck Raynal (Horizons) et ses trois challengers Bérangère Couillard (sans étiquette), Philippe Jaouen (La France Insoumise) et Sébastien Saint-Pasteur (PS) ont ainsi pu développer leur vision et esquisser le cadre dans lequel, en cas de victoire, ils prévoient d’inscrire leur action sur ces sujets.
Production de logements : des différences de forme
Les constats sont largement partagés entre les candidats, notamment sur le manque de logements intermédiaires, véritable trou dans la raquette locale. Plus globalement, les délais de sortie des projets sont pointés : « 5 à 7 ans, c’est inacceptable », fustige Bérangère Couillard. L’instabilité et l’empilement de normes créent de l’insécurité pour les porteurs de projets et les 4 candidats appellent à une meilleure lisibilité des règles d’urbanisme. Et ils reconnaissent tous le phénomène de résistance des quartiers qui souhaitent préserver leur identité et leur cadre de vie face à l’arrivée de nouveaux collectifs. Les angles d’attaque pour pallier ces problèmes divergent. Philippe Jaouen indique vouloir en finir avec « le tout spéculation et l’accaparement par quelques-uns du foncier » sur lequel il veut « remettre la main ». Il prône de mettre le paquet sur la rénovation de l’existant et milite pour une « densification intelligente », avec des secteurs ouverts à cette approche et d’autres sanctuarisés, notamment celui de Candau.
Sébastien Saint-Pasteur, annonce vouloir « partir des besoins » et veut jouer la carte de la (petite) hauteur contre l’étalement et celle de la surélévation. Bérangère Couillard approche le sujet par la densification ciblée autour des grands axes de transport et routier, afin de respecter l’identité des quartiers, critiquant au passage certains « gestes architecturaux » qu’elle juge contraires à l’harmonie locale. Aux manettes depuis deux mandats, le maire sortant Franck Raynal a connu l’euphorie constructive et le retournement du marché. Pas de baguette magique entre les mains d’un maire, poursuit-il, plutôt le souci « d'avoir des règles claires et stables dans le temps », ce qu’il estime avoir fait notamment au travers d’une charte établie en 2018.
Soutien aux entreprises locales, simplification des démarches
Petit frisson dans l’assemblée lorsque Sébastien Saint-Pasteur indique « ne pas beaucoup croire à la simplification », affirmant que le droit de l'urbanisme est d'une complexité telle qu'il faut surtout « de la conscience, de la clarté, de la visibilité » plutôt que des promesses de simplification municipale difficilement opérantes. Néanmoins, si la préférence aux entreprises locales est impossible dans les marchés publics, l’idée d’un allotissement systématique de ceux-ci est évoquée par Philippe Jaouen et Bérangère Couillard. Pour avancer, ils appellent à une meilleure acceptabilité des projets : désamorcer les sujets en amont, en « associant les représentants des comités de quartier » dès la phase d’avant-projet, mais aussi en veillant à ne pas surenchérir sur le cadre normatif. Le soutien aux entreprises du bâtiment, c’est avant toute « de permettre l’installation », pointe le maire sortant, ce qui nécessite du foncier à vocation économique. L’OIM Bordeaux Inno Campus, lancée en 2014 et qui concerne notamment Pessac, est une réponse - d’impulsion métropolitaine - à ce sujet.
L’avenir de Saige, la vraie ligne de fracture politique
Si l'urgence de traiter le bâti vieillissant du quartier de Saige fait consensus, les méthodes pour y parvenir, notamment la démolition de certaines tours, divisent radicalement les prétendants à la mairie. Pour Sébastien Saint-Pasteur et Philippe Jaouen, le projet actuel est une « erreur historique ». Le candidat socialiste dénonce un projet « anachronique » et affirme que la destruction des tours n'est « la tasse de thé de personne sinon de monsieur le maire ». Il préconise de « rénover le quartier avec les habitants » en misant sur des modèles de mixité intergénérationnelle. Philippe Jaouen va plus loin en exigeant « l'arrêt immédiat de ce projet ». Pour lui, l'argument est avant tout comptable et écologique : « la rénovation coûtera toujours moins cher que la démolition-reconstruction », un projet dont il juge le coût social et financier « parfaitement exorbitant ». Il propose de s'inspirer de modèles alternatifs, comme à Mérignac-Beutre, pour transformer le patrimoine social sans détruire.
Face à ces critiques, le maire sortant Franck Raynal maintient son cap. Il justifie la démolition partielle (3 tours sur 8) par la nécessité de briser la spirale de l'appauvrissement. Selon lui, « apporter la mixité sociale ne se fait pas simplement en rénovant ». Il s'appuie sur le succès du relogement de la tour 6, affirmant que « 76% des personnes relogées sont satisfaites ». Pour l'édile, renoncer à la démolition serait condamner Saige au même « échec social total » que la rénovation d'Arago, où la pauvreté a été, selon lui, reconcentrée. Bérangère Couillard refuse de réduire le débat à la seule question des tours. Elle estime qu'il n'est « pas tout à fait raisonnable de penser ce projet uniquement sous le prisme de démolition », soulignant qu'il permet de « dédensifier le quartier » et de réhabiliter 1.100 logements. Elle émet toutefois de sérieuses réserves sur la future vocation de la tour 8, jugeant « irréaliste » de vouloir implanter des entreprises dans les étages bas. Elle propose une autre voie : « conservons la tour 8 pour des logements » tout en réservant les premiers niveaux aux « professionnels de santé » pour lutter contre les déserts médicaux locaux. Elle regrette enfin que le projet actuel ne prévoit plus d'« ouverture directe sur le campus », ce qui maintiendrait le quartier « dans un certain isolement ».

Les candidats ont reçu les 30 propositions portées au niveau national par la Fédération Française du Bâtiment à l'occasion de ces municipales 2026 et seront invités par mail à se positionner sur chacune d'elles. Crédit : FFB Gironde