Municipales à Libourne : l'immobilier au cœur de la passe d'armes politique
Christophe Gigot, Philippe Buisson et Franck Daniel de Roland. Crédit : FFB de la Gironde
Rareté du foncier, impact de la crise viticole sur le bâti, soutien aux entreprises du bâtiment… Ce matin, à l’invitation de Placéco et de la FFB de la Gironde, trois visions de candidats aux municipales ont débattu, parfois avec véhémence.
Il s'est joué, ce matin à Libourne, le même scénario que lors des conseils municipaux. A l'invitation de Placéco et de la Fédération Française du Bâtiment (FFB) Gironde, trois des candidats à l'élection municipale ont débattu sur les questions d'urbanisme, de logement et de foncier. Philippe Buisson (centre gauche), Christophe Gigot (sans étiquette) et Franck Daniel de Roland (RN, UDR) ont donné leur vision et positions, les deux premiers partageant plutôt une vision proche. Comme en conseil municipal. La passe d'armes entre Philippe Buisson et Franck Daniel de Roland n'a pas manqué d'animer le débat mais de manière assez déséquilibrée entre le premier connaissant parfaitement les dossiers et son adversaire débutant dans l'exercice de candidature en tête de liste. Le premier, tel un chat mordillant sa proie alors qu'il n'a pas besoin de se nourrir puisqu'il a des croquettes, a pris un malin plaisir à agacer le second prêt à sortir de ses gonds.
Le maire sortant, Philippe Buisson, a d'emblée posé les limites physiques de la commune, rappelant que sur 1.000 hectares, seul un tiers est urbanisable. Pour lui, l'enjeu n'est pas l'extension mais la densification, affirmant que « l'enjeu principal de Libourne, c'est reconsidérer la ville sur la ville ». Cette approche par la réhabilitation de l'ancien se heurte aux critiques de ses opposants. Christophe Gigot, expert-comptable de profession, souligne que le marché est actuellement paralysé par des normes de rénovation qui « mettent hors jeu un grand nombre de bâtiments ». De son côté, Franck Daniel de Roland, agent immobilier, dénonce une offre de logements totalement insuffisante par rapport à la demande, précisant qu'il n'a aujourd'hui « absolument rien ou pas grand-chose » à proposer aux nouveaux arrivants, comme les militaires de la sécurité civile.
Crise viticole et foncier : Libourne cherche son second souffle
L'économie du bâtiment à Libourne reste intrinsèquement liée à la santé du vignoble environnant. Philippe Buisson a reconnu cette dépendance historique en affirmant que « quand la viticulture va mal, Libourne va mal », tout en prônant une diversification vers des filières alternatives comme le chanvre, l'olive ou le kiwi pour occuper les 1.800 hectares de vignes arrachés sur la Cali. Christophe Gigot soutient également cette nécessité de « continuer la diversification économique » pour attirer de nouvelles entreprises et ainsi dynamiser la demande de bâti. Franck Daniel de Roland s'est montré plus méfiant vis-à-vis des mutations paysagères, jugeant « dommage de voir tout ça au profit du photovoltaïque » et appelant à préserver l'identité régionale du Grand Libournais. Pour débloquer la situation foncière, le maire sortant mise sur des outils comme l'Établissement Public Foncier (EPF) pour opérer un remembrement et soutenir une stratégie immobilière offensive.
Dialogue social : vers une méthode plus inclusive pour les entreprises
La clôture des échanges a porté sur la méthode de gouvernance et l'implication des acteurs économiques dans les projets urbains. Les trois candidats dressent le même constat et proposent les mêmes solutions : davantage de dialogue. Christophe Gigot a proposé la création d'une « conférence économique territoriale » pour mobiliser les énergies locales et instaurer une « gouvernance partagée en tout cas challengée par les fédérations professionnelles ». Franck Daniel de Roland abonde dans ce sens, souhaitant des réunions en amont pour « prendre la température » des entrepreneurs. Philippe Buisson s'est dit prêt à renforcer ce dialogue, tout en rappelant la difficulté d'engager les artisans, citant l'échec d'une récente soirée dédiée qui avait attiré peu de monde. Il a néanmoins souligné l'importance d'aider les petites entreprises à accéder aux marchés publics, un « poumon pour nos entreprises locales » selon Christophe Gigot, qui déplore que de nombreuses PME n'osent pas candidater par peur des délais de paiement ou de la complexité administrative.