Municipales à Bordeaux - Entre « ville frugale » et « relance de l'offre », le match des candidats sur le logement et la construction
Débat bordelais à l'occasion des municipales, sur les problématiques liées au logement et à la filière construction. Crédit : FFB Gironde
Production de logements, cadre légal et normatif, soutien aux entreprises locales de la construction. Ce matin, à l’invitation de Placéco et de la FFB de la Gironde, cinq visions de candidats aux municipales se sont opposées. Morceaux choisis.
Ce matin, à l’invitation de Placéco et de la Fédération française du bâtiment (FFB) Gironde, cinq candidats déclarés aux élections municipales à Bordeaux de mars prochain ont débattu sur les principaux enjeux et problèmes locaux de la filière construction. Enfin, quatre candidats : Julie Rechagneux (RN), Thomas Cazenave (LR), Nordine Raymond (LFI) et Philippe Dessertine (indépendant). Invité et ayant donné son accord, le maire sortant Pierre Hurmic (Les Écologistes) a annulé sa venue, la veille en fin de journée, « au regard de ses contraintes de maire ». C’est Stéphane Pfeiffer, son adjoint en charge de l’urbanisme résilient, du service public de l’habitat et de l’ESS, également son codirecteur de campagne, qui est monté au front pour le représenter.
Production de logements et urbanisme : consensus sur l'urgence, fracture sur la méthode
Tous les candidats s’accordent sur un constat : Bordeaux traverse une crise d'une intensité inédite sur le plan de la production de logements. Pour Thomas Cazenave, « cette crise est violente », visible « socialement ». Philippe Dessertine estime que c'est d'abord « une crise de l'offre ». La majorité actuelle, par la voix de Stéphane Pfeiffer, reconnaît que « l'offre aujourd'hui demeure inadaptée en matière de tarifs » et reste « insuffisante » pour répondre à une croissance démographique de « 1.500 à 2.000 habitants » par an. Grosse passe d’armes entre majorité sortante d’un côté qui estime « études à l’appui » que la hausse de l’offre ne fait pas baisser les loyers et, de l’autre, le duo Thomas Cazenave/Philippe Dessertine, pour lesquels « la loi de l’offre et de la demande, c’est la base ».
Stéphane Pfeiffer acte la fin d'un cycle : « il ne restera plus » de grands fonciers après les opérations en cours, notamment les aménagements de La Jallère et autour du centre commercial du Lac. Sa stratégie repose sur la « transformation des quartiers existants, la densification douce avec de la surélévation ». Thomas Cazenave s'inscrit en faux : « je ne suis pas d'accord pour dire qu'il n'y aurait pas de foncier à Bordeaux ». Il propose un « nouveau projet urbain, notamment à Bordeaux Nord » et veut « convertir plus rapidement des grandes surfaces vides de bureaux en logements ». Nordine Raymond prône pour sa part « une planification de besoins en construction et en réhabilitation », souhaitant cibler les « dents creuses » et forcer la remise sur le marché des « 12.500 logements inoccupés à Bordeaux ». Julie Rechagneux défend une vision décentrée, affirmant que « construire la ville sur la ville n'est pas un modèle qui correspond à tout le monde » et qu'il faut respecter le souhait des familles pour la « maison individuelle ».
Label « Bâtiment Frugal Bordelais » et PLU : quel espace pour simplifier ?
L'illisibilité des règles actuelles fait l'unanimité. Stéphane Pfeiffer admet que Bordeaux possède « probablement un des PLU métropolitains des plus complexes de France ». Cependant, les solutions pour y remédier divergent, d’autant que la modification du PLU, action lancée à l’échelle de Bordeaux Métropole, est un processus long, entre 6 et 7 ans, avec des effets qui ne porteront pas sur la prochaine mandature, rappelle Thomas Cazenave. Ce dernier veut d’abord « supprimer des normes inutiles », visant directement le « Bâtiment Frugal Bordelais » qui « bureaucratise notre affaire ». Philippe Dessertine est aussi tranchant : « ce label surnormalise par rapport à la norme française ». Nordine Raymond estime que « ce n'est pas possible de dire qu'on peut ne plus avoir de normes » et prône qu'elles soient « lisibles et visibles pour les professionnels ». Stéphane Pfeiffer défend le label, action étendard du maire sortant, en tant qu’outil pour « inciter l'ensemble des acteurs de l'immobilier à modifier les pratiques », tout en proposant de transformer le PLU actuel en un « PLU de projet, avec les bonnes règles aux bons endroits et pas empêcher un projet parce qu’une ouverture de parking fait 4m70 au lieu de 4m90 ».
Soutien aux entreprises locales : accessibilité, logistique et commande publique
L'accès au centre-ville pour les professionnels du bâtiment peut et doit être amélioré, tous s'y accordent. Nordine Raymond rappelle qu'il est « très difficile pour les artisans à la fois de se garer et à la fois de circuler à Bordeaux ». Philippe Dessertine s'alarme d'une « répression aveugle » sur les sujets de stationnement et veut « avoir sur tous les marchés publics la préférence aux entreprises du Sud-Ouest ». Thomas Cazenave tacle : « Il n'y aura pas de préférence bordelaise dans les marchés publics, ça n'existe pas, c’est le droit. » Les deux soutiennent la création d'un « passe artisan ». Stéphane Pfeiffer rappelle que des mesures existent, comme le tarif professionnel à « maximum deux euros la journée » et que « l'entrée dans le secteur borné est autorisée pour les professionnels à n'importe quelle heure ». Nordine Raymond propose de permettre aux artisans d'emprunter les voies de bus pour pouvoir aller plus facilement » sur leurs chantiers. Stéphane Pfeiffer indique que la majorité sortante a identifié « 30.000m² de hangars qui pourront servir aussi demain à faire des lieux de stockage pour les artisans afin de limiter les allers-retours ». Il propose aussi un « magasin à destination des artisans en hypercentre ». Thomas Cazenave abonde sur la nécessité de « zones logistiques, des zones de stockage » en cœur de ville.
Et ce dernier de placer le débat sur le terrain de la gestion : « au lieu de promettre des trucs très compliqués, payons les factures », fustigeant un délai de paiement à la Métropole de « 68 jours ». Nordine Raymond veut « défendre une commande publique » forte pour « remplir les carnets de commande » via la réhabilitation du patrimoine municipal. À l'opposé, Julie Rechagneux souhaite que « les collectivités publiques ne viennent plus au secours financier » des grandes opérations d'aménagement, préférant laisser le champ libre au secteur privé.
Les 30 propositions établies au niveau national par la FFB à l'occasion des municipales 2026 ont été transmises aux candidats à l'issue du débat bordelais. Crédit : FFB