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« Modifier l’infrastructure institutionnelle des départements » pour un territoire durable ?

Écosystème
lundi 30 mai 2022

Michel Pétuaud Létang, architecte mérignacais, travaille sur la ville de demain. Crédits : Cassandre Faure

Depuis deux ans et la publication de son livre « La ville est morte, ville les villes ! », l’architecte mérignacais Michel Pétuaud Létang a mis en place un groupe de réflexion sur l’urbanisme et la ville durable. Il y invite les élus girondins, pour réfléchir autour de trois axes principaux : la mobilité, la répartition du travail et l’habitat social. Pour Placéco, il revient sur son travail.

Vous parlez de la nécessité de mettre en place « des modes d’action qui corrigent les lourdeurs du millefeuille administratif ». Concrètement, que proposez-vous ?
Ce qu’il faudrait faire, c’est modifier l’infrastructure institutionnelle des départements pour peut-être arriver à une gestion globale du territoire, et non pas une gestion parcellisée comme aujourd’hui – avec les métropoles qui dominent et les petites communes qui meurent à petit feu. Il faut garder le département comme contour d’une aire que j’appelle aire métropolitaine intégrale élargie, AMIE, et en changer la gouvernance. Et si on ne réunit pas tous les élus, on n’y arrivera jamais. Pour ne citer personne, tout un chacun va dire « j’ai la solution, laissez-moi faire », sans avoir les moyens de les mettre en œuvre. Ce n’est pas un problème d’argent, c’est un problème d’organisation, de redistribution des éléments. Autant les départements étaient équilibrés quand on les a créés en 1789, car ils avaient tous les pouvoirs – de l’économie, de l’agriculture, du respect des lois – autant aujourd’hui, à quoi servent-ils ? Pourtant, ce périmètre du département est intéressant car il est très intégré dans la population, et souvent très cohérent pour des raisons économiques – les Landes, c’est le pin ; Bordeaux, c’est le vin.

« La prochaine crise sera celle de l'habitat social »

Sur quoi faut-il travailler prioritairement, selon vous ? 
Il y a trois problématiques, la mobilité, la répartition du travail et l’habitat social. D’abord, il faut envisager la mobilité d’Arcachon à Lesparre, de Lesparre à Langon, sans passer par Bordeaux, par exemple. Car aujourd’hui, tout rayonne autour de Bordeaux et on ne peut pas aller d’une petite commune à une autre, en transports en communs, sans passer par la ville centre. Selon moi, ces transports devraient être gratuits pour les gens qui travaillent. Car beaucoup ne peuvent plus habiter dans Bordeaux faute de logements sociaux, sont obligés de vivre à 30 km de leur travail, et de prendre leur voiture chaque matin – tout en payant l’essence. Tant qu’on n’aura pas résolu le problème de la mobilité, on n’avancera pas ; or on ne peut pas la résoudre à la seule échelle métropolitaine, il faut que cela se fasse à l’échelle du département.

Qu’en est-il des deux autres axes de réflexion ?
Concernant l’équité dans la répartition du travail, il faut arrêter de créer 55.000 emplois à Mérignac, et d’avoir des petites communes où il n’y en a pas car les usines, les artisans ont fermé ! Il faut que l’économie se développe sur tout le territoire, et cela ne peut se gérer que sur une surface assez large – et donc avec une gouvernance assez large. Et enfin, le troisième élément, c’est le logement social. Il faut mettre l’habitat social dans les centres-villes via un levier qui a existé et que je propose, le PLD – plafond légal de densité. Il s’agit d’imposer aux promoteurs une taxe lorsqu’ils construisent un peu plus que la normale, taxe qui entre dans une foncière de la ville. Avec l’argent que les collectivités toucheraient, elles achèteraient des terrains qu’elles pourraient donner pour un jardin, une école ou des logements sociaux. Tous les bailleurs sociaux le disent – la crise du logement social est à nos portes, elle éclatera d’ici un an ou deux. Car aujourd’hui, on constate un déficit de logements sociaux, mais ce qu’on ne voit pas, ce sont les gens à la rue.

À l’approche des élections législatives, comment engagez-vous le dialogue avec les élus et candidats girondins ?
Nous leur adressons une série de questions. Par exemple, « quel est votre avis sur le rapport du GIEC et le non-respect des accords de Paris ? » ; ou « donnez-nous cinq mesures d’ampleur pour le climat à mettre en place d’urgence ». Ensuite, nous publierons leurs réponses. J’espère que les futurs élus travailleront avec nous, même si rien ne se fera du jour au lendemain. Mais si les gens sont plus heureux car ils se déplacent moins, car ils ont plus d’argent en dépensant moins bêtement, car ils ont un emploi à côté de chez eux, ils seront moins stressés ou malades. Et on fera des économies d’hôpitaux, de sécurité sociale – ça s’appelle le capital social. Améliorer le bonheur, c’est ça, la modernité.

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