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CHU (4/4). « Les données de santé sont un enjeu très important pour les acteurs économiques »

Écosystème
jeudi 29 janvier 2026

Premier employeur de Nouvelle-Aquitaine, le CHU de Bordeaux est un acteur incontournable de la filière santé. Entre un besoin d’investissements massifs dans ses propres infrastructures, que ce soit ses bâtiments ou son établissement de données de santé, et son devoir de soutien à l’innovation locale, quelle est la stratégie du centre hospitalo-universitaire ? Cette semaine, Placéco vous propose de plonger au cœur de la machine.

CHU (4/4). « Les données de santé sont un enjeu très important pour les acteurs économiques »

L'établissement de données de santé du CHU de Bordeaux a reçu, mi-2025, l'autorisation de fonctionner. Photo d'illustration : Adobe Stock

Le CHU de Bordeaux a choisi de se doter d’un établissement de données de santé (EDS). Vianney Jouhet, responsable de l’EDS bordelais, détaille les enjeux et conditions d’utilisation de ces données par les entreprises.

Depuis quelques années, des EDS, établissements de données de santé, sortent de terre en France. À Bordeaux, le CHU a choisi de se doter d’une structure interne pour héberger les données médicales, les travailler et faire avancer la recherche.

De quoi parle-t-on, lorsqu'on parle de données de santé ?
L’enjeu des EDS, les établissements de données de santé, est d’utiliser ces données de façon secondaire. L’utilisation primaire concerne les données produites dans le cadre du soin - un patient vient à l’hôpital, on le prend en charge et on inscrit des informations pour faciliter sa prise en charge, se rappeler de ce qui a été fait. L’utilisation secondaire consiste à réemployer les données pour une nouvelle finalité - faire une recherche à partir des données, identifier des patients que l’on pourrait inclure dans un essai clinique par exemple.

Y a-t-il des enjeux à l’échelle nationale ou européenne, par exemple ? 
Oui, on réalise des vigilances sanitaires, des surveillances médicales. Typiquement, un médicament qui a une autorisation de mise sur le marché, lorsqu’on le prescrit à une grande partie de la population, engendre potentiellement des effets indésirables qu’on ne connaît pas, car on ne peut pas tout connaître a priori. Avec les EDS, on peut chercher des mésusages, des prescriptions qui ne sont pas conformes à ce qui était pensé initialement. Ensuite, forcément, il y a une activité de surveillance épidémiologique, de pertinence des soins. Cela s’est beaucoup vu durant le Covid-19, on avait besoin de données à l’intérieur et à l’extérieur des hôpitaux pour surveiller cette nouvelle vague d’épidémie. D’ailleurs, on s’est rendu compte à ce moment qu’il fallait s’améliorer collectivement, dans les hôpitaux, pour transmettre les informations.

Monter en maturité sur l’accès aux données

À quand remonte cette stratégie de déployer des EDS ?
Finalement, on en entend parler - en dehors des cercles de professionnels - depuis quelques années seulement… À l’échelle internationale, les premiers à avoir vraiment poussé le sujet sont les États-Unis. Un rapport publié en 2017 décrit très bien les enjeux, et propose une stratégie américaine de réutilisation des données. En France, des équipes s’y intéressaient déjà avant, mais ce n’était pas généralisé. Globalement, l’un des points clefs, c’est le rapport de Cédric Villani de 2018 sur l’intelligence artificielle. Il insiste sur le fait que pour devenir des champions de l’IA, parmi les domaines auxquels il faut s’intéresser, il y a la santé. Pour avancer, il faut être en mesure de réutiliser les données, notamment celles des hôpitaux. S’en est suivi tout un plan avec la mise en place de Health Data Hub, la plateforme des données de santé. Les hôpitaux ont commencé à s’y intéresser. Il y a trois ans, un appel à projets a été lancé pour les structures publiques comme privées, pour qu’elles construisent des EDS à horizon de trois ou quatre ans, d’où le déploiement de façon un peu massive, en France.

Comment s’articulent les liens entre les EDS et les entreprises privées, autour du RGPD ?
Disons qu’aujourd’hui, les établissements ont besoin de monter en maturité sur comment donner l’accès aux données, dans quel contexte, pourquoi… La réglementation existe mais il y a des zones d’ombre, ce n’est pas toujours simple de cadrer cela. Dans le RGPD, le règlement général sur la protection des données, l’article 1 - sur les données sensibles dites à caractère personnel - stipule que l’on n’a pas le droit de les collecter. Ensuite, il y a des exceptions. C’est le principe même de la loi, on interdit tout puis on autorise par exceptions pour ne pas être ambigu. Au sein de l’EDS, on doit donc être conforme à un certain nombre de critères, on doit avoir un comité scientifique et éthique ayant des membres indépendants qui regardent chaque projet et l’autorise ou non. En même temps, ces données sont un enjeu très important pour les acteurs économiques comme les startups.

Analyser la donnée, vraie valeur ajoutée

Au CHU de Bordeaux, partagez-vous certaines données nécessaires aux sociétés pour leur activité ou leur développement ?
Aujourd’hui, l’approche est plutôt que les acteurs privés nous transmettent des éléments, des recherches à faire tourner sur les données. On ne leur donne pas l’accès direct. Bien sûr c’est plus simple quand la startup est une spin-off de chez nous, lorsqu’elle émane de nos laboratoires, car on se connaît très bien et on sait travailler ensemble. Encore une fois, on a vraiment besoin de monter en maturité sur le cadrage contractuel. On travaille plutôt avec des acteurs académiques, c’est plus simple entre infrastructures publiques.

Qu’en est-il de la monétisation autour de ces données ?
D’abord, une première chose, les données de santé sont dites indisponibles. Comme un organe, elles n’appartiennent à personne. Ni au patient, même si ce dernier a beaucoup de droits sur elles, ni au médecin, ni à l’établissement. Donc on n’est pas autorisé à les vendre. Ensuite, on se rend vite compte que les données n’ont de la valeur que si elles travaillent ensemble. Oui, pour certains acteurs extérieurs à l’EDS ou au CHU on est assis sur une mine d’or… mais en réalité c’est un peu plus compliqué. On va plutôt évaluer le coût de la mise à disposition des données, des équipes qui travaillent au sein de l’EDS - entre dix et quinze personnes. On peut vendre un service, typiquement réaliser une analyse pour un tiers ; car la vraie valeur n’est pas dans les données mais dans les gens qui les analysent. C’est ça, notre valeur ajoutée.

Sommaire

1

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2

CHU de Bordeaux (2/4). Quelle stratégie pour asseoir sa place dans l’innovation française ?

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3

CHU (3/4). Seule ville à avoir deux IHU, Bordeaux veut devenir « un acteur extrêmement fort de la recherche »

L’Institut hospitalo-universitaire (IHU) VBHI, dédié à la santé du cerveau, monte en puissance petit à petit. L’un des enjeux de son directeur général par intérim, Igor Sibon : nouer des liens avec le tissu économique.

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4

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5

Isis Aquitaine, l'œil du médecin à domicile

[Publireportage] Depuis l’an 2000, Isis Aquitaine est devenu un prestataire de santé à domicile de référence, notamment sur les troubles du sommeil. Menée par son fondateur Olivier Sorin et sa nièce Sarah Tilhos, l’entreprise familiale poursuit son développement en misant sur ses valeurs : la proximité, l’exigence et l’engagement.

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