« Dans le Sud-Ouest, le réchauffement sera plus fort qu'en France », Éric Sauquet alerte
Rubrique créée avec le soutien de l'Agence de l'Eau Adour Garonne, qui finance et accompagne les projets des entreprises contribuant à la protection de la ressource en eau.
Éric Sauquet est responsable scientifique de l'étude nationale Explore2. Crédit : Agence de l'eau Adour-Garonne
Éric Sauquet, directeur de recherches en hydrologie à l'INRAE, a dirigé une grande étude sur l'évolution du climat en France. Il souligne les points saillants, en Nouvelle-Aquitaine, des projections hydrologiques pour adapter la gestion de la ressource en eau.
Directeur de recherches en hydrologie à l'INRAE, Éric Sauquet est responsable scientifique de l'étude nationale Explore2, qui a élaboré des projections hydrologiques pour adapter la gestion de la ressource en eau. Cette étude est financée par l’Office français de la biodiversité et le ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires. Il détaille les principaux messages pour le bassin de la Garonne.
Quelles sont les projections de températures auxquelles on doit s'attendre dans le siècle à venir ?
Le contexte sur lequel nous nous sommes appuyés est celui de la TRACC [ndlr, Trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique]. Définie à partir du scénario tendanciel selon les scientifiques du GIEC, la TRACC doit servir de référence à toutes les actions d’adaptation menées en France. Dans le scénario retenu, le réchauffement mondial se poursuit et atteint +3°C en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle, soit environ +4°C en moyenne sur la France. Grâce à Explore2, on est capable de contextualiser la France selon trois scenarii - trois niveaux de réchauffement fixés par la TRACC-, +2°C, +2,7°C et +4°C par rapport à la période préindustrielle.
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Cela signifie-t-il que la Nouvelle-Aquitaine doit s'adapter à un réchauffement de la France à +4°C ?
Quand on parle de +4°C, cela signifie à l'échelle de la France. Donc toutes les régions n'auront pas forcément +4°C. Dans le Sud-Ouest, le réchauffement sera plus fort, et les résultats montrent que plus le réchauffement est important, plus les changements sur l'hydrologie sont conséquents. Chaque territoire devra s'adapter à son nouveau climat selon son histoire et les leviers, en matière de stockage d'eau, de récupération des eaux usées, d'accès à l'eau… Les stratégies à engager ne seront pas forcément les mêmes partout.
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Sur la Garonne, quel sera le changement le plus saillant ?
Sur le bassin Adour-Garonne, on s'attend à une modification profonde de l'hydrologie. Par l'effet du réchauffement, il y aura beaucoup moins de précipitations solides, de neige donc, et davantage de pluie. Cela va modifier les précipitations sur la partie amont de la Garonne, dans les Pyrénées. Par exemple, à Saint-Gaudens, dans la Haute-Garonne en Occitanie, le régime du cours d'eau est nival : la Garonne hérite de la fonte des neiges en générant un fort débit d'eau au printemps. Puis dès la fin du printemps, la Garonne entre en phase d'étiage avec des débits, en général les plus faibles de l'année. L'apport du manteau neigeux provenant de l'amont est encore perceptible du côté de Toulouse. Les débits les plus importants se situent actuellement au printemps. Dans le futur, les débits les plus forts ne s'observeront pas au printemps, mais en hiver. En revanche, les affluents de la Garonne en aval sont peu impactés par la fonte des neiges. Ils conserveront la même dynamique des débits au fil des saisons.
Doit-on s'attendre à des sécheresses plus fortes tout au long de l'année ?
Les projections climatiques suggèrent une baisse des précipitations en période estivale, donc davantage de sécheresses en été. En hiver, en revanche, les modèles divergent avec une incertitude sur le signe du changement - hausse ou baisse des précipitations par rapport à aujourd'hui. Même si les températures vont augmenter, deux sortes de climats sont possibles en hiver : soit plus secs, soit plus humides.
À +4°C, à quoi doit-on s'attendre dans le Sud-Ouest ?
Les projections climatiques suggèrent une baisse des précipitations estivales combinée à des températures plus fortes donc une évapotranspiration renforcée. Le Sud-Ouest est particulièrement concerné. À +4°C, on estime une diminution autour de -30% de précipitations estivales par rapport à la période 1976-2005. Sur la Garonne, les modélisations suggèrent une diminution de -15% à l'échelle annuelle. La Garonne a une particularité, comparativement aux projections sur les grands fleuves comme la Seine ou la Loire - presque tous les débits de tous les mois de l'année seront plus faibles que ce que l'on observe aujourd'hui. La Garonne n'est pas la seule concernée par cette diminution, l'Adour, bassin voisin, présente une trajectoire similaire. Retenons que pour une France à +4°C, le fonctionnement du bassin versant de la Garonne sera modifié et les saisons n'auront plus la même allure en matière de débits.