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Livraison à vélo : à Bordeaux, les alternatives à Deliveroo s’enracinent - Premium

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jeudi 23 février 2023

La coopérative des Coursiers Bordelais a été fondée en 2017. Crédits : Les Coursiers Bordelais

Alors que la métropole de Bordeaux compte près de 3.000 livreurs à vélo, pour la plupart en situation de précarité, plusieurs alternatives fleurissent ces dernières années. Elles se revendiquent « plus éthiques », à contre-sens des géants Deliveroo ou Uber Eats. Zoom sur deux structures girondines, Les Coursiers Bordelais et Blackbird.

Ce mercredi 22 février, devant la Maison des livreurs fraîchement inaugurée dans le centre de Bordeaux, deux jeunes hommes assistent aux discours. Reconnaissables à leur blouson de travail, ils font partie de l’équipe des Coursiers Bordelais. Une coopérative créée en 2017 par trois anciens de l’ubérisation, qui ont voulu sortir de ce système d’auto-entrepreneuriat. Si aujourd’hui les fondateurs ont quitté le navire, ce dernier est encore bien à flot… Et enregistre même une croissance. « Depuis 2020, notre chiffre d’affaires a grimpé de 50%, présente Clément Bréard, sociétaire des Coursiers Bordelais depuis bientôt trois ans. L’année dernière, il était de 150.000 à 180.000 euros, et nous espérons franchir la barre des 200.000 euros en 2023. » Ici, chaque livreur est embauché en CDI, bénéficie de six semaines de congés payés, de tickets-restaurant et d’un budget mensuel de 100 euros pour entretenir son outil de travail : le vélo.

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Des conditions de travail bien différentes de ce que connaissent la plupart des livreurs en France. Si Clément Bréard et ses collègues espèrent toujours des changements législatifs, réformant le statut d’auto-entrepreneurs, le jeune homme n’y croit pas beaucoup. « Il faut déjà une prise de conscience de la part des clients, sinon les plateformes existeront toujours. De nombreuses alternatives se créent, mais ce sont des copier-coller de Deliveroo ou Uber Eats qui prennent des auto-entrepreneurs livrés à eux-mêmes… Il faut arrêter de se voiler la face. »

Recruter des personnes engagées

Chez les Coursiers Bordelais, cinq salariés travaillent à temps plein, jusqu’à 19 heures au maximum, un autre est à mi-temps, et un septième est là le samedi. « On espère revenir à six temps plein cette année », précise Clément Bréard. Une décision prise collégialement, car la petite équipe se réunit chaque mardi pour décider ensemble des directions à prendre, et notamment des recrutements. « On veut des personnes engagées, reprend le coursier. Des personnes autant intéressées par le vélo que par le volet administratif, car c’est important de maîtriser cet aspect. C’est d’ailleurs pour ça qu’après le départ des trois fondateurs, la coopérative a continué de fonctionner. »

Mais ne cherchez pas à vous faire livrer un hamburger par les Coursiers Bordelais. Positionnée sur le segment de la restauration en sortie de confinement, la structure n’en fait désormais plus. « A part quelques gourmandises comme des cookies, ou des traiteurs de temps en temps. » Aujourd’hui, les coursiers livrent des colis, des courses, travaillent avec des laboratoires d’analyses ou des prothésistes dentaires… « Des professionnels lambdas, qui vendent de tout et ont besoin de nous », résume Clément Bréard. Un choix logique, que le jeune homme explique : « La livraison de repas ne rapporte pas assez d’argent pour faire vivre la coopérative, de par notre modèle, et c’est trop compliqué à gérer en alliant notre service aux entreprises, qui ont besoin de nous de 8 h 30 à 18 h 30, non-stop. »

Blackbird, jeune pousse de la livraison

Depuis un an, une autre structure alternative exerce à Bordeaux : Blackbird. Lancée elle aussi par deux anciens des plateformes, Jérémy Wick et Nicolas Chollon (qui ne fait plus partie du projet), la jeune pousse compte 65 indépendants. Avec la promesse d’une juste rémunération, pour les livreurs comme pour les restaurateurs. « Nous avons trois zones de livraison, explique Jérémy Wick. Lorsqu’on livre dans la première - jusqu’à 2 km du centre-ville -, le livreur empoche au minimum 4,5 euros… Soit 40% de plus que chez Deliveroo ou Uber Eats. » Les restaurateurs, eux, se voient commissionnés de 15% par commande, presque moitié moins qu’en passant par les géants de la livraison.

Blackbird revendique 52 restaurants partenaires, mais ne collabore pas avec des chaînes comme McDonald's ou KFC. « On préfère travailler avec des entreprises comme Les Burgers de Colette, affirme Jérémy Wick. On a tout de même fait une entorse avec Subway, car ça plaît beaucoup aux étudiants et il faut quand même qu’on ait des commandes. » C’est d’ailleurs le nerf de la guerre de la société, qui n’a pas un volume suffisant pour salarier les livreurs, encore sous le statut d’auto-entrepreneur. « Mais le point commun avec les plateformes s’arrête là, insiste le fondateur de Blackbird. Nos livreurs n’ont pas de pression ou de géolocalisation permanente, et la grille tarifaire est fixe, écrite sur le contrat. » Jérémy Wick aimerait pouvoir salarier les professionnels le souhaitant, mais doit pour cela enregistrer entre 150 et 200 commandes quotidiennes. Un seuil atteignable, « mais nous sommes un petit peu en dessous », explique-t-il sans préciser le volume actuel. « Beaucoup de Bordelais ne nous connaissent pas, et accroître notre notoriété demande énormément d’investissements personnels et financiers », conclut le livreur.

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