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Fountaine Pajot et Beneteau s'associent pour électrifier le marché de la plaisance

Stratégie
jeudi 23 avril 2026
Fountaine Pajot et Beneteau s'associent pour électrifier le marché de la plaisance

Matthieu Fountaine, directeur général délégué de Fountaine Pajot et Bruno Thivoyon, président du directoire du groupe Beneteau. Crédit photo : Fountaine Pajot

Avec la création d’E-Lektra Marine, les deux poids lourds français de la plaisance à voile lancent une joint-venture inédite pour structurer l’électrification du secteur. Fountaine Pajot et Beneteau veulent faire émerger un standard industriel commun capable de convertir jusqu’à 15% du marché mondial de la voile d’ici 2030.

C’est un signal fort envoyé à toute l’industrie nautique. Les groupes Beneteau et Fountaine Pajot, les deux leaders mondiaux de la voile de plaisance, annoncent la création d’E-Lektra Marine, une structure commune détenue à parts égales et dédiée à la propulsion électrique ainsi qu’à la gestion intelligente de l’énergie à bord.

Derrière cette annonce, c'est bien plus qu’un simple partenariat technologique. C'est une volonté assumée de fonder un standard mondial pour la voile à faibles émissions en fédérant sept marques du secteur, Beneteau, Jeanneau, Lagoon, Excess, Fountaine Pajot Sailing Catamarans, Fountaine Pajot Yachts et Dufour. Soit près de 60% du marché mondial.

Le paradoxe est bien connu mais rarement rappelé : aujourd’hui, plus de 99% des voiliers restent équipés d’un moteur thermique. Manœuvres de port, absence de vent, production d’énergie de bord, même un voilier dépend encore massivement du diesel. Pour les deux groupes français, l’électrification ne peut donc pas se limiter au simple remplacement du moteur. Le véritable défi se situe dans la gestion globale de l’énergie embarquée : propulsion, batteries, panneaux solaires, générateurs, confort à bord et autonomie doivent fonctionner comme un système intégré. 

Une plateforme commune plutôt qu’une course en solitaire

Plutôt que de développer chacun leur propre architecture technique, Beneteau et Fountaine Pajot font le choix rare de la mutualisation industrielle. Une association qui n'était pas arrivée depuis plus de 60 ans dans le milieu de la voile.  Si les deux groupes disposent déjà d’expériences concrètes, l’ambition est désormais de changer d’échelle. E-Lektra Marine devra concevoir des solutions standardisées pour des voiliers de 9 à 24 mètres, du full électrique à l’hybride basse et haute tension avec un suivi en temps réel des consommations et un réseau mondial de maintenance agréé.

Par ailleurs, la structure s’appuiera sur un socle industriel déjà solide avec l'entreprise Alternatives Energies à La Rochelle, rachetée il y a trois ans par le groupe Fountaine Pajot (une vingtaine de salariés pour près de 7 millions d'euros de chiffre d'affaires). Mais également Cirtem à Toulouse et EVE System à Lyon, spécialistes respectivement de l’intégration électrique, de la conversion d’énergie et des batteries.

Un pari économique ou écologique ? 

Le véritable levier est aussi là : la massification. En agrégeant les volumes de sept marques et en ouvrant la plateforme à d’autres acteurs du nautisme, E-Lektra Marine espère atteindre la taille critique qui permettra enfin de rendre l’électrique compétitif face au thermique. Le projet prévoit également une offre refit pour convertir les unités existantes. L’objectif est d'électrifier entre 10 et 15% du marché mondial de la voile d’ici 2030, soit plusieurs centaines de bateaux par an. Une alliance qui pourrait redessiner le marché.

Dans un secteur encore prudent face à l’électrification, cette joint-venture marque un changement de doctrine. Jusqu’ici, chaque chantier avançait sur ses propres solutions. Désormais, Beneteau et Fountaine Pajot cherchent à imposer une base technologique commune. Pour Bruno Thivoyon, président du directoire du Groupe Beneteau, il s’agit de « rendre les solutions bas carbone plus simples, plus accessibles et déployables à grande échelle ». Même lecture chez Mathieu Fountaine, directeur général délégué de Fountaine Pajot : « L’électrification s’impose : il faut désormais la démocratiser pour l’ensemble de la plaisance ». Dans cette course à l'économie-écologie les deux groupes français entendent bien tenir la barre.

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