Eau : Brasserie du Pays Basque, la bière en toute sobriété
Ciseaux en mains, Olivier Barucq, DG de l’entreprise, inaugure un circuit pionnier en matière de gestion de l’eau. Crédit : Brasserie du Pays Basque
Pour produire de la bière, il faut de l’eau, beaucoup d’eau. Pour réduire son impact environnemental et améliorer ses performances, la Brasserie du Pays Basque s'inscrit dans une ambitieuse démarche de sobriété hydrique et énergétique.
En bouteilles ou en fûts, les productions maltées de la Brasserie du Pays Basque se retrouvent sur les tables et les comptoirs des maisons et commerces du territoire. Au total, 4,4 millions de litres de bières sont brassés, conditionnés puis commercialisés depuis le site de Bardos. Ouverte en 2016, l’usine s’étend sur 4.000m2 où sont produits les breuvages des marques Eguzki, Zazpi, Artz et Oldarki. Pour les élaborer, l’équipe de 32 employés s’appuient sur les maître-brasseurs et leur savoir-faire. Dans leurs recettes, entrent le malt de céréale, le houblon mais aussi et surtout de l’eau, pour 97% de la composition.
« Au début, en 2016, il nous fallait 9 litres d’eau pour fabriquer un litre de bière », rappelle Noémie Willemse, responsable QHSE (qualité, hygiène, sécurité, environnement). Une eau nécessaire pour la production mais aussi pour les processus d'entretien, de lavage et de stérilisation. Prélevée sur le réseau, l’eau était ensuite traitée par la station d’épuration de l’usine avant d’être rejetée en milieu naturel, dans la proche Joyeuse. « Nous avons rapidement entamé un travail sur la sobriété hydrique », poursuit la jeune femme. Tout d’abord en optimisant les étapes de rinçage et de lavage. Ainsi la quantité d’eau nécessaire pour un litre de bière tombe à 5 litres. Mais depuis, un ingénieux système de réutilisation permet d’aller encore plus loin.
3,5 millions de litres d’eau économisés
En juin 2025, Olivier Barucq, le directeur général, est fier de couper le ruban tricolore. Il inaugure alors une installation pionnière dans l’univers agroalimentaire. La nouvelle station d’épuration du site se voit complétée par deux nouvelles briques. En amont, une tour de méthanisation dans laquelle sont déposés les biodéchets. En aval, des bassins de filtration utilisant le procédé de l’osmose inversée. « Cela permet d’obtenir une eau totalement déminéralisée », explique Noémie Willemse. Désormais, 84% des eaux usées sont réutilisées par l’entreprise. Une performance représentant pas moins de 3,5 millions de litres d’eau économisés chaque année. Cependant, cette eau réinjectée ne sert pas à produire de la bière, elle repart dans les cycles de lavage et de stérilisation des cuves, fûts et autres bouteilles. Avec cette nouvelle installation, la Brasserie du Pays Basque n’utilise plus que 2 litres d’eau pour faire 1 litre de bière. « Nous sommes probablement la brasserie la plus économe en eau en France » se réjouit la responsable.
Une démarche globale
Cette initiative, chiffrée à 2,5 millions d'euros, a été financée à 45% par la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Agence de l’eau Adour Garonne. Le projet, efficace à Bardos, inspire de nombreuses personnes. « Il ne se passe pas une semaine sans que l’on ait une visite d’usine, une visio ou une invitation à venir témoigner lors d’évènements pour expliquer ce que nous avons mis en place ». Car la stratégie de l’entreprise basque ne se limite pas au cycle de l’eau. La tour de méthanisation revêt aussi une importance capitale. Avec elle, les drêches de bières produisent du biogaz, injecté pour alimenter la chaudière de l’usine. Sur ce point là aussi, la boucle est vertueuse.
« Notre démarche globale de décarbonatation et de préservation de la ressource assoie la pérennité et la résilience de l’entreprise », assure Noémie Willemse. Pour poursuivre dans cette voie, la société basque s’est engagée dans la Convention des entreprises pour le climat (CEC) dont l’objectif est de basculer de l’économie extractive vers l’économie régénérative. Dans ce chemin, la brasserie dessine déjà les prochaines étapes. « Notre bilan carbone nous donne une cartographie précise de nos émissions, nous allons travailler sur notre CO2 », assure la responsable QHSE.