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Inter-Îles : quand une délégation de service public embarque l’accessibilité

Charentes Tourisme
jeudi 30 avril 2026
Inter-Îles : quand une délégation de service public embarque l’accessibilité

La liaison La Rochelle-Boyardville transporte, tous les ans, pas moins de 50.000 passagers. Crédit photo : Compagnie Inter-Îles

Délégataire de la ligne maritime La Rochelle-Boyardville, la compagnie rochelaise vient d’obtenir le label Tourisme & Handicap. Une démarche volontaire qui interroge la manière dont une entreprise privée s’empare d’une mission de service public.

En cinquante minutes, la navette relie le cœur de La Rochelle à Boyardville, sur l'île d'Oléron. En voiture, le même trajet oscille entre une heure quinze et deux heures en saison. Ce différentiel, Inter-Îles en a fait un argument. Mais depuis quelques semaines, la compagnie qui transporte plus de 300.000 passagers en Charente-Maritime, dont 50.000 sur cette seule ligne, affiche un signal supplémentaire : le label Tourisme & Handicap, obtenu pour les quatre déficiences. Motrice, visuelle, auditive, mentale et cognitive.

« Ce n'était pas une obligation du cahier des charges de la délégation. C'était un engagement de notre part », résume Bruno Étiembre, directeur commercial et d'exploitation. La ligne La Rochelle–Boyardville, exploitée en délégation de service public renouvelée jusqu'en 2030, occupe en effet une place à part dans le portefeuille de la compagnie. « On est davantage dans une logique de transport que sur nos autres activités, plus touristiques. » C'est précisément cette logique qui a rendu la démarche possible.

Trois acteurs, un seul label

Sur une liaison maritime, l'accessibilité ne se décrète pas depuis le pont d'un bateau. À La Rochelle, les pavés mal jointés de l'accès à la billetterie (la petite maison en pierre côté médiathèque) ont dû être remis à niveau par la mairie. À Boyardville, c'est la communauté de communes de l'île d'Oléron qui a piloté l'installation de mains courantes et de caillebotis pour sécuriser l'accès à l'embarcadère. À bord, Inter-Îles a installé bandes de guidage podotactiles pour les déficiences visuelles, boucles audio pour les malentendants et consignes de sécurité en braille.

« Le plus complexe, c'était ce qui n'était pas de notre ressort », reconnaît Bruno Étiembre. « Il a fallu travailler avec la mairie et la communauté de communes. Et franchement, on a été agréablement surpris par leur réactivité. » La démarche, engagée sur un an et demi avec l'accompagnement d'Emmanuel Beck, référent Tourisme & Handicap chez Charentes Tourisme, aura tenu ses délais.

Ce résultat n'est pas anodin dans un contexte national peu reluisant. La loi du 11 février 2005 imposait à tous les établissements recevant du public d'être accessibles sous dix ans. En 2015, moins de 40% des structures concernées étaient dans les clous. Des délais supplémentaires ont été accordés. En 2024, vingt ans après, environ la moitié seulement est aux normes, y compris dans le parc appartenant à l'État. « On fait une démarche volontaire quand beaucoup n'ont toujours pas respecté une obligation légale de vingt ans », note Emmanuel Beck.

Un département en avance

La Charente-Maritime compte aujourd'hui environ 360 établissements labellisés Tourisme & Handicap. Un record national, loin devant les Pyrénées-Atlantiques et leurs 180 à 200 structures. « On a une dynamique ici qui n'existe pas forcément ailleurs », souligne Emmanuel Beck, qui accompagne les prestataires du département depuis le déploiement du label en 2003. Dans cet écosystème, Inter-Îles occupe une place singulière. C'est la première liaison maritime de service public à décrocher les quatre déficiences. « Quand on regarde ça seul dans son coin, ça peut paraître fastidieux, concède Bruno Étiembre, mais bien accompagné, ça devient fluide. »

Du côté des chiffres, la compagnie assume ne pas disposer de données précises sur la part de sa clientèle en situation de handicap. Une impossibilité structurelle, rappelle Emmanuel Beck : « demander à un prestataire combien il a accueilli de personnes handicapées, c'est un peu comme lui demander la couleur de cheveux de ses clients. Et 80% des handicaps ne se voient pas ».

Transport, vélo, mobilité

L'accessibilité, ici, s'inscrit dans une logique plus large. La navette part du côté médiathèque à La Rochelle, à moins d'un kilomètre de la gare SNCF, et permet à un voyageur arrivant de Paris par le train de rejoindre Oléron sans voiture. À bord, jusqu'à vingt vélos peuvent être embarqués. « Les passagers partent avec leur vélo, se déplacent sur l'île et repartent le soir », décrit Bruno Étiembre.

Inter-Îles n'a pas fait de ce label un axe de communication prioritaire. Pas d'affichage publicitaire, pas de campagne. Juste une mention dans les supports de vente, print et digital. « On ne l'a pas fait pour la fréquentation. C'est quelque chose qui nous paraît normal », insiste le directeur. « On est dans une logique d'inclusion, de ne pas exclure des passagers, c'est tout. » La compagnie prévoit d'étendre la démarche à ses autres liaisons maritimes dès l'hiver prochain. Sans garantir les quatre déficiences d'emblée. Mais avec l'idée que l'accessibilité n'est plus une option, c'est le standard vers lequel on tend, lentement.

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