Charente-Maritime, deuxième département cyclable de France : quand le vélo devient moteur économique
La Flow Vélo est un itinéraire du Sud-Ouest qui part de Sarlat-la-Canéda (Dordogne) et rejoint l’île d’Aix (Charente-Maritime), en douze étapes. Crédits : Charentes Tourisme – TTW Productions
Dans les Charentes, le tourisme à vélo s’impose comme un levier d’attractivité. Au-delà de l’image verte, les mobilités douces génèrent des retombées économiques, contribuent à mieux répartir les flux touristiques et répondent aux nouvelles attentes des visiteurs.
« Chaque euro investi dans les itinéraires cyclables touristiques génère jusqu’à dix euros de retombées économiques ». D’emblée, Émilie Savoye, responsable écotourisme et mobilités douces de Charentes Tourisme pose le décor. Longtemps perçues comme un simple atout d’image pour les territoires, les mobilités douces s’imposent aujourd’hui comme un véritable levier de développement touristique. En Charente-Maritime et en Charente, où près de 10.000 kilomètres de pistes cyclables sillonnent les territoires, le vélo s’inscrit désormais au cœur d’une stratégie mêlant attractivité, aménagement du territoire et transition écologique.
« Le vélo n’est plus seulement un mode de déplacement ou une activité de loisirs. C’est devenu une manière de découvrir un territoire », observe la responsable écotourisme et mobilités douces de Charentes Tourisme. Avec ses grands itinéraires comme la Vélodyssée ou la Scandibérique, ses véloroutes nationales (la Flow Vélo) et son réseau dense de pistes cyclables, le département de Charente-Maritime s’est progressivement imposé comme l’une des destinations majeures du tourisme à vélo en France.
Une filière touristique qui génère des retombées locales
Au-delà de l’image d’un tourisme plus durable, le vélo représente aujourd’hui une véritable activité économique. Selon la DGE*, les cyclotouristes dépensent en moyenne davantage que les visiteurs traditionnels : environ 68 euros par jour, contre 55 euros pour un touriste classique. Une large part de ces dépenses bénéficie directement aux acteurs locaux, notamment aux hébergements et à la restauration. À elle seule, la Vélodyssée génère plusieurs centaines de milliers de sorties en Charente-Maritime et des retombées économiques estimées à près de 17,5 millions d'euros (chiffres 2023). Une dynamique qui ne se dément pas selon Charentes Tourisme, les séjours à vélo dans les deux Charentes ont progressé de 7% en 2025. Une tendance qui s'inscrit dans un essor national : en France, le chiffre d'affaires du tourisme à vélo atteignait déjà 4,2 milliards d'euros en 2019**, selon les dernières données disponibles. « Le tourisme à vélo irrigue tout un écosystème : hébergeurs, restaurateurs, loueurs de vélos, réparateurs, mais aussi sites de visite et offices de tourisme », souligne Émilie Savoye.
Si l’image du cyclotouriste au long cours reste forte, la réalité des pratiques est plus nuancée. La majorité des visiteurs utilisent aujourd’hui le vélo dans une logique de découverte locale, lors de séjours ou d’excursions. « La clientèle itinérante existe (15%), mais la plus grande partie de la pratique reste celle du vélo loisirs (65%), avec des visiteurs qui rayonnent autour de leur lieu d’hébergement », précise la responsable écotourisme.
Répondre à une évolution des attentes touristiques
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation des pratiques touristiques. Le développement du slow tourisme traduit une aspiration croissante à voyager différemment, à prendre le temps de découvrir un territoire et à privilégier des modes de déplacement plus doux. « Après la période Covid, on a clairement observé une accélération de ces attentes. Les visiteurs recherchent davantage de sens dans leurs voyages, mais aussi des expériences plus immersives », explique Émilie Savoye. Le vélo apparaît alors comme un outil privilégié pour explorer un territoire au rythme de ses paysages, de ses villages et de son patrimoine.
Les mobilités douces – qui comprennent la randonnée pédestre et équestre, et le vélo – constituent également un levier pour mieux répartir l'activité touristique. En reliant le littoral aux territoires de l'intérieur, les itinéraires permettent d'encourager la découverte de zones parfois moins fréquentées. « L'un des enjeux est de diffuser les flux touristiques au-delà des zones les plus saturées et de faire bénéficier l'ensemble du territoire des retombées économiques », souligne-t-elle.
Un modèle à consolider face aux défis climatiques et budget
Si la Charente-Maritime figure parmi les territoires les mieux équipés en matière d'itinéraires cyclables, ce modèle reste néanmoins confronté à plusieurs défis. Le changement climatique fragilise certaines infrastructures, notamment sur le littoral, où l'érosion et les tempêtes peuvent endommager les parcours. Parallèlement, les collectivités doivent composer avec des budgets plus contraints après plusieurs années d'investissements importants dans les infrastructures cyclables. « L'enjeu aujourd'hui n'est plus seulement de créer des itinéraires. Il s'agit surtout de les faire vivre, d'améliorer les services et de faciliter l'expérience des visiteurs », souligne encore Émilie Savoye.
Selon Charente Tourisme, la feuille de route se dessine autour de trois axes : maintenir et sécuriser les infrastructures face aux aléas climatiques, enrichir les services aux cyclistes – signalétique, stationnement sécurisé, points de réparation, offres d'hébergement labellisées – et mieux valoriser les territoires intérieurs encore trop méconnus.
* Et ** : Étude « Impact économique et potentiel de développement des usages du vélo en France » 2020 - Direction Général des Entreprises