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Sécheresse : notre gestion de l'eau est-elle en train de se noyer dans la bureaucratie et les intérêts partisans ?

Opinion
lundi 06 juillet 2026
eau

Le constat de ce livre nous rappelle une évidence trop longtemps occultée : l’eau, que l’on imaginait couler éternellement, peut s'arrêter. Crédit : Placéco

Alors que le spectre de la pénurie d’eau plane sur notre région, le roman Aqua de Gaspard Koenig met le doigt là où ça fait mal. Face à un mille-feuille administratif paralysant, et des intérêts trop souvent partisans, si la solution pour gérer ce bien commun venait de l'intelligence du terrain ?

C’est une lecture de canicule. Le genre de livre que l’on parcourt le front moite, dans la torpeur du Sud-Ouest, alors que le thermomètre s’affole. Dans son dernier roman « Aqua », Gaspard Koenig met en scène la crise de l’eau à travers les déboires de Saint- Firmin, un village fictif normand. Pourtant, en refermant l'ouvrage, le sentiment de fiction s’évapore. La crise qu’il décrit n’est pas pour demain. Elle est déjà là. Combien de semaines, combien d’étés nous restent-ils avant que les robinets de nos entreprises et de nos foyers ne s'assèchent ? En Charente-Maritime, le Syndicat départemental de l’eau (Eau 17) tire la sonnette d’alarme : si une canicule sévère s'installe en pleine saison touristique, la pénurie menacera directement le territoire. Ce constat brutal nous rappelle une évidence trop longtemps occultée : l’eau, que l’on imaginait couler éternellement, peut s'arrêter. Dès lors, une question centrale, presque philosophique mais éminemment économique, se pose : à qui appartient l’eau ?

Mille-feuille

Tant que la ressource abonde, sa gouvernance n’intéresse personne. Mais quand elle se raréfie, elle mérite que l'on s'y plonge sérieusement. Avec l’ironie mordante qu’on lui connaît, Gaspard Koenig décortique les règles byzantines qui régissent ce secteur. SDAGE, PGSSE, DCE, SCOT, Communautés de communes, Agences de l’eau… Bienvenue dans le grand bain de la bureaucratie française. Une fois de plus, le « mille-feuille » administratif fait des ravages. En diluant les responsabilités au sein d'une multitude d'acronymes, cette complexité freine, voire paralyse, l’émergence de solutions locales pourtant urgentes.


Alors, face au stress hydrique, que fait-on ? Dans le roman, une galerie de personnages ultra-réalistes – le technocrate, l'ingénieur, le paysan… – y vont chacun de leur proposition. Chacun est convaincu de détenir la vérité, mais leur vision reste partielle ou guidée par des intérêts catégoriels.

Bien commun

C’est ici que la grille de lecture du libéral Gaspard Koenig devient stimulante. L’eau n’est ni une marchandise pure, ni une propriété d'État : c’est un bien commun. Pour sortir de l'impasse, l’auteur nous invite à relire le politologue américain Vincent Ostrom et à tourner le dos à deux fatalismes : celui de la « tragédie des communs » (qui veut que l'humain détruise fatalement une ressource partagée) et celui du réflexe autoritaire descendant, qu'il vienne d'en haut par l'État ou par les forces aveugles du marché.

La clé réside dans la confiance accordée à l’intelligence collective et locale. Ce sont les acteurs de terrain - entrepreneurs, agriculteurs, élus de proximité, citoyens - qui connaissent la réalité de leur bassin versant et sont les plus à même de concevoir des règles de partage agiles et adaptées. Pour préserver notre économie régionale et nos modes de vie, nous devons libérer l'initiative locale des carcans administratifs. Parier sur le bon sens local plutôt que sur la paperasse jacobine. Chiche ?

Yann Buanec, fondateur et directeur de la publication de Placéco

« Aqua », Les éditions de l’observatoire, 448 pages

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Commentaires - 2
Olivier LASFARGEAS - 07/07/2026 14:31
Une autre lecture pour d'avoir un autre angle de vue : "La guerre secrète contre les Peuples" de Claire SEVERAC. Livre qui lui a valu d'être assassinée.
Jean Bernard Gilles - 07/07/2026 10:20
Il fait plaisir cet edito sur votte media en ligne qui gagnerait a en produire d’avantage en acces libre.
Comment l’economie impacte nos territpires dans le Sud Ouest et concourt au bien commun est un sujet inpuisable d’insipiration !
Amicalement

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