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Revivez B to Biarnes avec Jérôme Poncet

Inspiration
jeudi 27 novembre 2025
Revivez B to Biarnes avec Jérôme Poncet

Jérôme Poncet était l'invité de Placéco Béarn. Photo © Studio Kid Cortesi

Expatriations, recherche scientifique, transition énergétique, et l'histoire d'un coup de parapluie sur la tête... revivez l'interview de Jérôme Poncet lors de notre rencontre adhérents du mois de novembre !

Le 26 novembre dernier, Jérôme Poncet, directeur du CSTJF et du PERL à Pau et Lacq, était l'invité de B to Biarnes. Devant les adhérents de Placéco Béarn, il a répondu aux questions de notre... animatrice réseau, remplaçant avec brio son collègue journaliste grippé ! Retour sur son parcours jalonné d'expatriations, sur l'activité du centre scientifique qu'il dirige, sur les recherches menées par TotalEnergies et sur la transition énergétique.

TotalEnergies est une entreprise dans laquelle on voyage beaucoup. Avez-vous été expatrié ?
J’ai eu trois expatriations de trois ans. D’abord Aberdeen, en Écosse : une découverte du monde anglo-saxon, à la mode écossaise, donc pas trop violente non plus… quoique l’accent, lui, l’est assez ! Ensuite je suis parti au Venezuela, à Caracas. Il y avait Hugo Chavez au gouvernement : c’était à la fois le laxisme sud-américain, la vie facile, mais aussi la complexité du chavisme, avec un focus sur une partie de la population, mais pas sur l’économie elle-même. Donc, professionnellement, c’était un peu difficile. La dernière expérience, c’était Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis. C’était une découverte du monde arabe, hyper enrichissante parce que tout est nouveau, tout est différent. Ces trois expatriations ont été trois enrichissements personnels, mais aussi professionnels, parce que ce sont des modes de fonctionnement toujours différents. Par exemple, aux Émirats, le temps est circulaire : quand on négocie quelque chose, nous, on pense être à la fin, mais pour eux c’est le début de la négociation suivante. On est tout le temps en train de faire des choses nouvelles : ça donne une richesse et une capacité d’adaptation supérieures à ce qu’on aurait si on était resté au même endroit. Je parle de l’étranger, mais c’est vrai aussi pour les expériences que j’ai vécues en France, principalement ici, parce que c’est surtout à Pau que j’ai travaillé pour TotalEnergies. Et avant TotalEnergies, je travaillais à la bourse de Francfort, je vendais des calls et des puts… quelque chose de complètement artificiel, comme les bitcoins aujourd’hui, et ça m’a appris que je ne voulais surtout pas faire ça dans ma vie ! Et puis c’était l’Allemagne, donc avec une rigidité assez impressionnante… La première fois que j’ai traversé la rue au rouge, j’ai pris un coup de parapluie sur la tête !

Arriver à la direction du CSTJF, c’est un retour aux sources ?
Mes sources ne sont pas béarnaises : je suis jurassien de naissance, et j’ai toujours plaisir à y retourner. Mais je suis aussi béarnais et palois d’adoption depuis 1993. Pour moi, il n’y a pas de « retour », ça a toujours été une continuité. Ma famille et moi avons toujours voulu avoir notre base arrière ici, et tous les déménagements, toutes les expatriations que l’on a pu faire, c’était pour mieux revenir ici. Le fait d’être maintenant directeur du CSTJF et du PERL, c’est une continuité, une façon de « rendre la monnaie de la pièce ». J’ai vécu de super années ici : j’ai envie de faire partager aux gens qui y travaillent le même bonheur que j’ai eu, de leur donner de bonnes conditions de travail, la capacité de se développer. Ma retraite est prévue ici : je n’irai pas ailleurs.

Le CSTJF, un centre de recherche « unique »

Pouvez-vous nous parler du CSTJF ? Qu’y trouve-t-on, et qu’y fait-on ?
C’est un outil de travail exceptionnel pour TotalEnergies : un lieu d’étude, de recherche, de développement d’idées et de projets, au service de toutes les entités de TotalEnergies à travers le monde. Le site est agréable, très vert… on le compare souvent à un campus universitaire américain. 27 hectares, une trentaine de bâtiments, des laboratoires, des salles de contrôle qui reçoivent des données du monde entier, et nos experts peuvent les analyser sur place. C’est aussi un supercalculateur. Et ce sont 2.500 personnes qui y travaillent. La richesse du CSTJF, au-delà du lieu, ce sont ces 2.500 personnes, leurs expériences, leurs compétences, leur passion. C’est un plaisir d’y rentrer, d’y travailler, et quand on part le soir, on sait qu’on sera contents d’y revenir le lendemain.

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Quelles recherches y sont menées ?
La Compagnie étant très large, nous avons des activités dans différents domaines : recherche pétrolière et gazière, mais aussi recherche pour accompagner ces développements et les rendre plus vertueux en consommation énergétique, en traitement du CO₂, en réduction des rejets polluants… Nous venons par exemple de mettre en place un Methane Tracking Center. On installe sur tous nos sites dans le monde des capteurs de méthane, qui est l’un des pires gaz à effet de serre, et nous centralisons leurs mesures. Nous fixons des seuils d’alerte pour pouvoir intervenir le plus rapidement possible. La recherche en laboratoire consiste à trouver les meilleures techniques pour acquérir la donnée. La donnée est une richesse : tout le monde le sait maintenant. Nous, cela fait 50 ans qu’on y réfléchit. Nous recherchons les algorithmes qui permettront de traiter la donnée au mieux. La recherche au CSTJF, c’est aussi développer les énergies renouvelables, que ce soit le solaire, l’éolien, ou le stockage du CO₂. Cela peut aussi être de la recherche approfondie en partenariat avec des universités, par exemple l’UPPA.

Que représente le CSTJF pour l’ensemble du groupe TotalEnergies ?
Il est essentiel. Nous avons certes différents centres dans le monde, plusieurs en France, mais celui-ci est unique. Nous avons ici des compétences uniques, en particulier dans les géosciences. Nous serions incapables de produire cette recherche ailleurs. Nos concurrents, même internationaux, nous envient certains de nos travaux. Nous avons des laboratoires à la pointe. Par exemple, l’analyse des roches prélevées dans le sous-sol : nous avons des scanners qui permettent de les modéliser et de faire des simulations avec un niveau de précision unique au monde. Cela nous permet d’éviter des expérimentations beaucoup plus coûteuses ailleurs. Il n’existe pas d’autre endroit avec ce type de scanner, à part, peut-être, un ou deux aux États-Unis.

Tendre vers la neutralité carbone « ensemble avec la société »

Des recherches sont actuellement en cours en Béarn pour trouver de l’hydrogène blanc. Pensez-vous que cette énergie soit une solution à la dépendance énergétique de la France ?
Chez TotalEnergies, nous ne croyons pas à une solution miracle. Le monde est divers : c’est la combinaison de plusieurs types d’énergie qui fera l’énergie de demain. Nous regardons tout. Nous continuons évidemment dans le pétrole et le gaz. Cela fait débat en France, mais le monde ne peut pas basculer du jour au lendemain. Nous allons donc continuer à produire du pétrole, et surtout du gaz, qui émet moins de gaz à effet de serre. Le gaz de schiste, en France, c’est niet. Dans le monde, nous sommes sortis de plusieurs projets, même si nous restons présents aux États-Unis. C’est aussi de la géopolitique : on ne sort pas d’où l’on veut comme on le veut, sans conséquences. Donc nous continuons, sans chercher à le développer davantage. En éolien, en particulier l’offshore, nous avons un avantage compétitif ; nous pensons que c’est une avancée majeure. Le solaire aussi, mais c’est plus compliqué ici, car il prend nécessairement la place d’autre chose ; c’est plus simple dans les déserts du Moyen-Orient. Concernant l’hydrogène, nous avons mené des études poussées. Et aujourd’hui, nous n’avons pas de business model permettant d’investir massivement. Le gros problème, c’est le transport. Nous allons suivre, et si cela prend de l’élan, nous entrerons à ce moment-là.

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TotalEnergies fait l’objet de beaucoup de critiques en France et est accusée de greenwashing. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
On a toujours été critiqués, et on le sera encore. On est beaucoup critiqués en France : je l’entends, et parfois ça me désole un peu. Ce que je dis, c’est que c’est facile de critiquer. TotalEnergies a accepté ses responsabilités : nous avons été les premiers pétroliers à reconnaître que nous étions partie prenante du problème et à travailler pour réduire nos émissions. Je ne dis pas que nous n’en avons pas, mais nous essayons de les réduire le plus rapidement possible. Nous n’avons jamais dit que nous étions « verts » ou que nous ferions « tout vert ». Nous voulons tendre vers la neutralité carbone en 2050, mais pas seuls : ensemble avec la société. Nous ne pouvons pas décider seuls. Nous essayons de faire le mieux possible dans le cadre qui nous est donné. Je pense que les résultats que nous montrons sont probants, en tout cas j’en suis assez fier. Oui, nous sommes critiqués, nous ne sommes pas parfaits, mais nous faisons de notre mieux.

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