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Zèta lance une basket en déchets de raisin local

Demain
vendredi 12 mars 2021

Laure Babin et Thierry Dolhiac coopèrent ensemble pour la basket en marc de raisin local - Photo Zèta

La startup Zèta vient de sortir une collection de baskets confectionnées, en partie, à base de marc de raisin bergeracois. Une nouvelle étape dans la démarche zéro déchet de sa fondatrice, Laure Babin.

Laure Babin, fondatrice de la marque de chaussures zéro déchet Zèta, a lancé son projet en 2019. « J’étais en dernière année d’études, se remémore-t-elle. Puis Zèta est née un an après en septembre 2020, après une campagne de crowndfunding qui m’a permis de collecter 300.000 euros. J’étais surprise d’atteindre cette somme car j’avais travaillé un an de mon côté, en me disant "il faut que ça fonctionne car je n’ai pas de ressources financières". » 2.700 paires de chaussures ont été vendues en pré-commandes, de quoi conforter l’entrepreneuse.

L’importance des matières premières

Pour Laure Babin, produire en zéro déchet est essentiel. Issue de l’industrie de la mode, elle constate au fil de ses études les ravages de la « fast fashion ». « La majorité des textiles et des chaussures sont fabriquées à l’autre bout du monde à partir de matières très polluantes, et dans des conditions peu transparentes. J’ai donc réfléchi à confectionner ces baskets uniquement à partir de déchets recyclés et recyclables. » L’extérieur de la chaussure est fait en cuir de raisin, la doublure intérieure et les lacets sont en plastique, la semelle extérieure vient du caoutchouc, et celle intérieur est en liège, tout cela recyclés.

La jeune femme travaille avec des ateliers de fabrication situés au Portugal, et insiste sur la confection en circuit-court malgré la distance qui la sépare de ces derniers. « La majorité des matières premières viennent de ce pays, donc ça me paraissait évident de concentrer les opérations là-bas pour éviter les allers-retours. Lorsque j’ai cherché ces matières l’objectif était d’en trouver dans un périmètre proche de l’atelier de fabrication pour limiter au maximum le transport, et donc l’empreinte carbone. Surtout, le prix de vente final aurait doublé si j’avais dû faire fabriquer les baskets en France ce qui n’est pas le but, car je veux une mode accessible. »

Zéro déchet… Et presque locales

Après une première collection, pour aller plus loin, Laure Babin imagine des chaussures produites à partir de déchets de raisin local. « Tout est tombé au bout moment car Thierry Dolhiac, le vigneron avec lequel je travaille, m’a contactée en octobre juste à la fin de la campagne de crowdfunding. Il m’a expliqué qu’il était en possession de marc de raisin déshydraté, et notre collaboration a démarré. »

Située à Bergerac, la propriété de Thierry Dolhiac se veut familiale et tournée vers l’environnement. « Lorsque j’ai pris la succession du domaine j’avais quasiment l’âge de Laure aujourd’hui, se remémore le vigneron. A l’époque j’ai été aidé donc si je peux aider à mon tour je le fais. Surtout je suis en viticulture biologique et en biodynamie, alors lorsque j’ai eu connaissance du projet Zèta, j’ai tout de suite été emballé. » Depuis plusieurs années l’homme récupère le marc de raisin, un déchet très encadré car contenant encore de l’alcool, et en déshydrate une partie pour le valoriser. Une fois réduite en fine poudre, la matière est incorporée dans la semelle, donnant un effet moucheté. Les chaussures, actuellement en pré-commandes, seront livrées au début du mois de mai.

Le souci du détail

Aujourd’hui Zèta n’est pas la seule marque proposant des chaussures fabriquées à partir de raison. Pour Laure Babin, sa différence tient au souci du détail. « Nous avons supprimé les œillets en métal, toutes les étiquettes ainsi que les emballages superflus énumère-t-elle. Il est aussi possible pour nos acheteuses de ramener leurs baskets en fin de vie, pour les revaloriser en combustible vert. » Lorsque la startup aura collecté une tonne de chaussures, ces dernières seront envoyées dans un centre de recyclage basé en Normandie. « Nous avons aussi décidé d’arrêter les expéditions hors de l’Europe pour réduire encore un peu plus l’empreinte carbone. C’est un gros enjeu car cela signifie que l’on se coupe d’une partie du marché, mais c’est un choix. »

Laure Babin pense déjà à la suite et veut prouver que l’on peut utiliser n’importe quel déchet pour lui donner une seconde vie. En attendant, chaque paire de basket a permis de recycler 3 kg de déchets, et 1 kg de déchets agricoles pour la nouvelle collection.

Zèta 
Basée à Bordeaux
1 salariée
CA : 70.000 euros
www.zeta-shoes.com