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Vin : la conversion bio attire de plus en plus en Gironde

Engagement
mardi 23 mars 2021

Au domaine de la Pigotte les vignes sont certifiées bio - Photo MB

En Gironde de plus en plus de viticulteurs entament les démarches pour que leur domaine soit certifié bio. Une démarche environnementale qui s’étale sur plusieurs années, et qui est strictement encadrée. Explications.

Depuis quelques années la Chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine constate une forte hausse des demandes de conversion bio chez les viticulteurs girondins : environ 400 ces trois dernières années. « De nombreux professionnels se posent des questions sur la conversion. C’est conjoncturel, analyse Gwenaëlle Leveque, conseillère viticole à la Chambre d’agriculture du département. Si certains en restent au stade de la réflexion d’autres se décident à sauter le pas, on constate une vraie progression. » 14.000 hectares seraient actuellement en bio sur toute la Gironde, dont 6.000 en conversion.

Un choix pour l’environnement

Dans le tranquille domaine de la Pigotte, au cœur des terres médocaines, Eric et Marie-Pierre Burkhardt ont repris les terres familiales en 2017. « Nous avons tout de suite entamé la procédure pour passer en bio, se remémore le couple de viticulteurs. C’était une volonté de notre part et un engagement pour la biodiversité. » Ici les vignes sont bordées de verdure, de ruches et d’oliviers, et l’herbe fraîche pousse entre les pieds.

Si pour eux la question de stopper les pesticides ne s’est pas posée car leur exploitation est récente, pour d’autres la conversion en bio demande de faire un vrai choix. « Un viticulteur qui veut aller en bio passe indéniablement par un changement de son mode de production, reprend Gwenaëlle Leveque. C’est une décision qui doit être réfléchie très en amont, il peut parfois y avoir une baisse de la production le temps que le professionnel s’adapte. » Car qui dit bio dit respect de la biodiversité, travail sur la fertilité des sols à long terme et surtout aucune utilisation de produits de synthèse. « Par contre, souligne la chargée viticole, les exploitants peuvent utiliser des produits d’origine naturelle ou minérale, du cuivre par exemple. »

Trois ans de conversion…

Pour obtenir la certification, le viticulteur doit d’abord contacter l’un des neuf organismes certificateurs de l’Hexagone. « Une fois le dossier déposé une personne de l’organisme vient faire un état des lieux de ce qui est fait et ce qui reste à faire, explique Marie-Pierre Burkhardt. Tout est contrôlé jusqu’aux factures. La conversion dure trois ans en tout et c’est un processus très réglementé. » Le domaine viticole est contrôlé chaque année durant cette période, pour vérifier le respect et l’application du cahier des charges. « Ces trois ans sont nécessaires dans certains cas pour que le sol, les terres se remettent des produits de synthèse utilisés auparavant », renchérit Gwenaëlle Leveque.

Pour être accompagnés dans les démarches, les professionnels peuvent également faire appel à la Chambre d’agriculture. « Nous les aidons en amont bien sûr, mais aussi au moment où ils sautent le pas. Pour leur apporter des clefs sur les aspects environnementaux, les maladies aussi », développe la chargée viticole.

… Et une surveillance au long terme

Une fois la certification obtenue, elle peut être retirée à tout moment. Chaque année le viticulteur est contrôlé, et il peut perdre son label sur une vendange précise ou pour l’exploitation entière si une erreur ou une inattention est commise. « Le plus compliqué est d’arriver à un juste milieu concernant la vigne, développe Marie-Pierre Burkhardt. La taille doit être maîtrisée pour ne pas créer de plaies qui peuvent accélérer le développement de maladies par exemple. En fait, il faut faire en sorte que la vigne devienne en quelques sortes autonome, qu’elle trouve un équilibre et s’autorégule. Il faut être très vigilants. » Surtout, l’investissement humain est conséquent. « Nous avons dû investir dans du matériel pour désherber un minimum, à défaut d’utiliser un produit de synthèse. »

Au domaine de la Pigotte le couple a fait le choix d’être, en plus, accompagnés par un laboratoire d'œnologie. « Il nous suit toute l’année, réalise des contrôles dans nos barriques, nos amphores. Ce n’est pas obligatoire mais nous recherchons une certaine qualité, alors autant s’appuyer sur des personnes compétentes. » L’année dernière Eric et Marie-Pierre Burkhardt ont réalisé leur première vendange, et proposent cinq cépages : Merlot, Cabernet Sauvignon, Petit Verdot, Malbec et Cabernet franc. « Souvent le bio a la réputation d’être moins bon qu’un vin sans certification. Ce n’est pas le cas ! Nous sommes heureux car autour de nous des châteaux sont en conversion, les gens s’y mettent. »

Pour aller plus loin, retrouvez notre enquête en cinq volets : les vins de Bordeaux en mal d'amour ? 

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