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Pourquoi est-il si compliqué d’implanter des usines en Gironde ? (1/3)

Écosystème
mardi 14 décembre 2021

Après la crise, le sujet de la réindustrialisation des territoires est aujourd’hui majeur. Cette semaine, Placéco vous propose une série en trois volets, pour comprendre les enjeux autour des usines.

Avant la crise, le tissu industriel français représentant 11 à 12% du PIB. Photo d'illustration. Crédits : Adobe Stock Seventy Four

Entre des contraintes environnementales, une tension du foncier et la question de l’acceptabilité des riverains, il est de plus en plus difficile d’implanter des usines. Dans ce premier volet, Placéco donne la parole aux acteurs de l’industrie pour décortiquer ce qui coince.

Dans l’imaginaire collectif, les usines ressemblent à des blocs gris, froids, d’où émanent des nuages de fumée tout aussi peu attirants. Pourtant, la crise survenue en mars 2020 a mis en lumière les failles du tissu industriel français, et un besoin prégnant de réindustrialiser nos territoires. Le plan France Relance porté par le gouvernement, consacre d’ailleurs tout un volet « vers la reconquête industrielle » et a alloué 34 milliards de dollars – sur les 100 milliards de ce plan de soutien – aux industries stratégiques françaises et au développement de nouvelles. Alors que la relocalisation a le vent en poupe, une question se pose : entre les contraintes environnementales, les tensions foncières et une non-acceptabilité des riverains, où et comment implanter ces usines ?

À la rédaction de Placéco, nous nous sommes posé la question, et pour dégager quelques éléments de réponse, nous sommes allés à la rencontre de plusieurs acteurs, privés et public, du territoire girondin et néoaquitain. 

Des normes environnementales trop strictes ?

« On part de loin, sur le sujet des industries, commente en préambule Nicolas Foucard, président de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) Gironde-Landes. Il y a eu un début de prise de conscience, avant le Covid-19, qu’on ne pouvait pas continuer une désindustrialisation de notre territoire. On a compris que le coût social et environnemental est important, voire un coût en termes de souveraineté nationale. » Néanmoins selon lui, en 2019, la France avait retrouvé son niveau d’emplois et d’activité industrielle d’avant la crise de 2008, soit une part de 11 à 12% du PIB national. Mais pour William Ballue, directeur général d'Invest in Bordeaux, il y a aujourd’hui un vrai paradoxe. D’un côté, une injonction nationale de réindustrialiser, de l’autre, une difficulté sur le terrain à identifier des solutions foncières. « Identifier des terrains industriels devient une gageure pour tout un tas de raisons, analyse-t-il. Notamment, le durcissement du contexte réglementaire avec la loi Climat et Résilience et son article 48, qui propose de diviser par deux les surfaces industrielles, et nous inscrit sur une trajectoire devant nous amener vers la ZAN, la zéro artificialisation nette des sols, à horizon 2050. » Nicolas Foucard va également dans ce sens. « Je pense que si on veut faire revenir les usines, il faut faire attention à simplifier les normes. On a des normes européennes qui sont plutôt dans les meilleurs standards mondiaux pour un certain nombre de sujets, et en France on va généralement au-delà de ces normes. C’est dommage car le pays a un niveau d’attractivité élevé pour des entreprises étrangères, mais parfois on se tire un peu des balles dans le pied. »

Du côté de la Région Nouvelle-Aquitaine, Andréa Brouille, vice-présidente en charge du développement économique, ne croit plus à l’implantation de grandes usines arrivant d’un seul coup en créant beaucoup d’emplois. « Je pense qu’on va pouvoir industrialiser notre région en relocalisant des usines qui ont une valeur ajoutée. Ce serait utopique de croire qu’on pourra tout relocaliser. On va se focaliser sur tout ce qui est autour des médicaments, des biotech par exemple. Des innovations de rupture qui vont pouvoir nous amener à trouver la souveraineté, être moins dépendants. » Un nouveau modèle « entre les Etats-Unis et la Chine », avec des enjeux environnementaux et sociaux forts, précise-t-elle. Les usines de demain ne seront assurément pas celles d’hier, et la RSE, responsabilité sociale des entreprises, apparaît comme un sujet majeur du côté de la Région.

De la question de l’attractivité

Pour Nicolas Foucard, c’est plutôt la question de l’attractivité qui est l’un des grands axes de stratégie pour faire revenir, à moyen ou long terme, les industriels. Arrêter « l’industrie bashing », même s’il le reconnaît, « ça va un peu mieux qu’il y a deux ou trois ans ». Jean Dumesnil, responsable développement industrie chez Ingérop, livre son analyse du sujet : « Les plus grands freins, c’est AZF, c’est Lubrizol, ce sont ces accidents industriels. On a mis une grosse croix rouge sur l’industrie qui pollue, qui est dangereuse. Cela peut le devenir si c’est mal conçu et exploité, mais on a toutes les compétences, de longue date, pour vivre avec une production industrielle. » Bruits, odeurs, déchets, risques d’explosion, les années passent et les usines tirent des leçons du passé, pour mieux cohabiter avec la population. « L’industrie n’est plus un gros mot, j’ai l’impression que le seuil d’acceptabilité s’est amélioré ces derniers temps, affirme William Ballue. Aussi parce que les industriels font des efforts pour redorer leur blason. Aujourd’hui ce n’est plus l’usine sale, avec des rejets et des effluents visibles. On peut trouver des bâtiments magnifiques avec une signature architecturale, un process parfaitement intégré et ces efforts paysagers donnent des projets très bien intégrés. »

Mais alors, si les usines sont mieux acceptées, où les implanter ? A lire, mercredi 15 décembre, dans le deuxième volet de notre enquête.

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