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Synapse Medicine lève 25M€ pour se déployer aux Etats-Unis

Stratégie
mardi 01 mars 2022

La medtech ambitionne de franchir la barre des 150 salariés d'ici 18 à 24 mois. Crédits : Synapse Medicine

La medtech bordelaise Synapse Medicine, qui développe un outil pour prescrire les bons médicaments et éviter les « effets indésirables médicamenteux », vient de lever 25 millions d’euros. Un tour de table qui lui permettra, dans les mois à venir, de changer d’échelle à l’international.

30.000 décès et 150.000 hospitalisations, chaque année en France, liés au mauvais usage des médicaments. 8 à 12% des hospitalisations, en Europe, dues à des effets indésirables médicamenteux. Un problème de santé publique mondial, auquel s’attaque, depuis 2017, la medtech Synapse Medicine. « Étant moi-même médecin, je sentais dans mon activité et dans celle de mes collègues une très grande frustration concernant les outils à disposition pour prescrire et délivrer les médicaments », explique à Placéco Clément Goehrs, PDG et cofondateur de la société. Aujourd’hui, la majeure partie de son activité repose sur un service BtoB à destination des profils de santé. Grâce à des modules mis à disposition des professionnels, Synapse Medicine permet « une vision complète de l’information médicamenteuse, pour faciliter la prise de décisions ». Elle travaille avec des institutions comme l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), pour qui elle analyse les signalements déposés par les particuliers ayant reçu un vaccin contre le Covid-19. « Nous comptons également des hôpitaux parmi nos clients, comme l’AP-HP ou l’Institut Gustave Roussy ; ou des acteurs de l'e-santé comme MesDocteurs », complète Clément Goehrs. L’activité BtoC, « modeste mais croissante », représente un quart du chiffre d’affaires de l’entreprise, qui développe une application à destination des particuliers via des mutuelles.

« Il y a une vraie notion de continuité dans nos produits, reprend le PDG. Par exemple en oncologie, l’utilisation de notre technologie démarre à l’hôpital via les médecins et pharmaciens, puis se poursuit lorsque le patient sort, pour qu’il puisse continuer de gérer les effets indésirables de chez lui. » Aujourd'hui près de 60% des patients souffrant d’un cancer seraient traités par chimiothérapie orale, plutôt que sous perfusion. « Ils prennent les comprimés de chez eux ce qui est une amélioration de leur qualité de s, mais on doit réinventer la façon dont on suit ces patients. »

Les Etats-Unis puis le Japon

Ce mardi 1er mars, Synapse Medicine annonce avoir levé 25 millions d’euros. Soit 35 millions d’euros en trois ans, grâce à deux précédentes ouvertures de capital. Un seul mot-clef résume les ambitions de la medtech bordelaise : l’international. Déjà présentes dans sept pays – France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni, Etats-Unis et Japon -, les équipes se consolideront dans les mois à venir. Avec comme priorité l’Amérique du Nord, qui concentre 50% du marché mondial. Selon Synapse Medicine, chaque année aux Etats-Unis, « les événements indésirables médicamenteux causent 1,3 million de visites aux urgences et 350.000 hospitalisations ». Coût global estimé : plus de 528 milliards de dollars. « On a déjà démontré notre capacité à s’internationaliser, à internationaliser notre produit, souligne Clément Goehrs. Nous avons une forte attraction commerciale dans les pays où nous sommes, il s’agit désormais de "scaler" un peu partout en priorisant. » Le PDG de l’entreprise déménagera à New York, dans les mois à venir, pour développer cette activité nord-américaine et bâtir une équipe sur place.

Synapse Medicine attaquera ensuite le continent asiatique et en particulier le Japon, « qui compte beaucoup dans le domaine de la santé ». Avec 120 millions d’habitants et une population âgée, la medtech y voit une opportunité à ne pas louper. « Mais on sait aussi que le marché asiatique prend du temps, d’où notre volonté de s’y ancrer tôt, précise le PDG. C’est aussi pour cela que nous avons réalisé ce tour de table avec Korelya Capital, un fonds d’investissement franco-coréen créé par Fleur Pellerin [NDLR, ancienne ministre française de la Culture], pour nous aider dans cette zone géographique. » Les recrutements seront plus tardifs qu’aux Etats-Unis, avec une volonté de s’appuyer sur des partenaires, notamment industriels, locaux.

Pouvoir générer l'ordonnance parfaite

Synapse Medicine compte 60 salariés. 40 postes sont actuellement ouverts, et la société ambitionne de franchir la barre des 150 personnes d’ici 18 à 24 mois. Et si la medtech vise l’international avec des postes ouverts à Londres ou Berlin en plus de New York, la moitié des recrutements devrait être effectuée à Bordeaux. « L’ingénierie, la R&D, le développement informatique restent en France. D’ailleurs, presque 50% de nos effectifs se concentrent sur la R&D, qui doit représenter 40% de nos dépenses annuelles. » Objectif affiché : aller plus loin encore dans le traitement des informations, en amont de la prescription des médicaments. Aller, pour résumer, vers une médecine personnalisée. « Nous voulons prendre l’intégralité des informations sur le patient, son parcours de vie, son alimentation, pour être capable de générer l’ordonnance parfaite », ambitionne Clément Goehrs. Seule ombre au tableau, la « guerre des talents » accentuée par le Covid-19 et la démocratisation du télétravail. « Pour n’importe quel profil, on peut être en concurrence avec n’importe quelle boite », résume notre interlocuteur.

Si Synapse Medicine ne dévoile pas son chiffre d’affaires, elle assure avoir quadruplé ce dernier en un an, et triplé son nombre de clients. L’international représente presque la moitié de son activité pour un chiffre d’affaires encore marginal (5 à 10%), mais le PDG est confiant. « Vu l’attraction commerciale qu’on a, on pense que d’ici 18 mois, les Etats-Unis représenteront 50% de ce chiffre d’affaires », conclut-il.

Synapse Medicine
Basée à Bordeaux
60 salariés
CA : n. c.

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