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La vague artificielle Okahina promet un surf rentable et écoresponsable

Demain
mardi 02 février 2021

Projet de vague Okahina à Vaires-Torcy - illustration DEIS

La startup bordelaise Waveriding Solution a obtenu fin janvier la validation par la région Île-de-France du projet visant à équiper d’ici 2023 le futur site olympique de Vaires-Torcy (77) d’une vague artificielle dédiée à la pratique du surf. Retour sur les promesses et la genèse d’Okahina, dont la conception écoresponsable prend le contrepied des piscines à vagues traditionnelles.

La vague artificielle est un sujet clivant chez les surfeurs, avec d’un côté ceux qui crient à l’hérésie de pratiquer ce sport proche de la nature par excellence sur des sites artificiels et, de l’autre, des adeptes qui se verraient bien prendre quelques vagues à proximité de chez eux sans avoir à redouter les embouteillages, la foule estivale des spots les plus réputés… ou l’absence de houle, synonyme de session qui tombe à l’eau.

Une chose est sure : le sujet de la vague artificielle motive déjà les ardeurs de nombreux entrepreneurs, comme en témoignent les nombreux projets de parcs aquatiques lancés ou à l’étude, de la région parisienne (Sevran, Gonesse) à la côte Atlantique (Castets, Saint-Jean-de-Luz). Leur point commun ? Tous reposent sur le principe de la piscine à vague, c’est-à-dire un bassin artificiel dont la surface est mise en mouvement par une machinerie dédiée, sur le modèle de ce que développent l’ancien champion du monde Kelly Slater ou la société espagnole Wavegarden.

Laurent Hequily, fondateur de Waveriding Solution, y voit une aberration d’un point de vue environnemental. « Pour construire une piscine à surf, vous devez décaisser, imperméabiliser le sol, couler du béton, utiliser une grande quantité d’eau potable, installer des pompes colossales pour filtrer et dépenser une quantité énorme d’énergie, sans aucune garantie quant à la remise du site en état à la fin de l’exploitation ». En guise d'alternative, il décide de développer une vague artificielle, pensée pour les plans d’eau naturel, dont le fonctionnement s’inspire de la façon dont les vagues déferlent sur les atolls polynésiens, d’où son nom, Okahina.

Une vague artificielle mais écoresponsable

« Il fallait sortir des schémas de pensée habituels. On a donc commencé par réfléchir à ce que notre vague artificielle pouvait apporter de positif en matière d’environnement et de biodiversité », raconte Laurent Hequily. Sur un plan stagnant, la vague Okahina amène par exemple la possibilité d’oxygéner l’eau, de façon à limiter l’eutrophisation due à la pollution en produits azotés. Le dispositif prend la forme d’un atoll artificiel entouré par une couronne immergée sous la surface, sur laquelle circulent les générateurs de vagues. Les ondes se forment à partir de l’extérieur du cercle et déferlent en direction du centre, sans risque d’érosion des berges avoisinantes et sans impact sur le fond du bassin. « Le reste du plan d’eau reste glassy de chez glassy. C’était d’ailleurs un prérequis à Vaires, où la région Île-de-France va accueillir les compétitions d’aviron et de canoé-kayak pendant les JO de 2024 », précise le fondateur. L’armature métallique du récif artificiel qui constitue le centre de l’atoll se veut quant à elle capable d’accueillir des nurseries d’alevins, de façon à renforcer la biodiversité.

Au fait, et le surf dans tout ça ? Okahina promet des vagues allant de 80 cm à 2 mètres, avec la possibilité de moduler l’angle, la hauteur et la puissance pour créer aussi bien des tubes que des phases dédiées à la manœuvre, de façon à répondre aux attentes des néophytes comme à celles des surfeurs avertis. Sur une installation comme celle qui sera déployée à Vaires-Torcy, Okahina indique que la vague fera le tour de l’atoll en 48 secondes, ce qui offre la perspective de phases de glisse particulièrement longues. « En fonction de la fréquentation, on peut mettre en simultané plusieurs vagues ou diviser le parcours en plusieurs sections, ce qui permet d’envisager une capacité d’accueil importante. On peut aussi imaginer de surfer à l’infini sur une vague permanente », indique Laurent Hequily.

La mécanique mise en œuvre pour animer la vague Okahina serait également vertueuse sur le plan de la consommation énergétique. « On a besoin d’une puissance de 35 kW pour faire une vague de 1,2 mètre, c’est l’équivalent d’une petite voiture électrique de type Autolib’ ou Bluecub en vitesse de croisière », ajoute-t-il. Le caractère circulaire de la vague constitue ici un avantage physique indéniable par rapport à des machines qui fonctionnent de façon linéaire, du fait de l’inertie conservée d’une rotation à l’autre. Pour autant, impossible d’en savoir vraiment plus sur le fonctionnement précis d’Okahina, dont la conception a été protégée par brevets. « Nous on ne pousse pas l’eau, on exploite d’autres phénomènes physiques qui consomment beaucoup moins », élude Laurent Hequily. La vague n’existe pour l’instant que sous la forme de démonstrateurs, dont l’un est installé à la Défense, en région parisienne (voir vidéo).

Une promesse de rentabilité rapide

Sur le volet économique, Waveriding Solution choisit de ne pas commercialiser en France sa technologie à d’autres exploitants privés, préférant gérer les sites en direct, ce qui n’exclut pas la mise en place de partenariat avec des opérateurs et investisseurs locaux. « La vague n’est pas une fin en soi, on la voit comme un moyen de créer des espaces de vie fun et sportifs, avec une approche à la fois environnementale, économique et sociétale », décrit le fondateur. Plutôt que d’aller chercher à s’implanter près de la côte, la société ambitionne donc d’investir des plans d’eau situés à proximité des villes de façon à les valoriser ou les revaloriser, et prévoit d’associer sa vague à des activités de loisir ou de restauration pour favoriser la dynamique commerciale. À l’étranger, la startup prévoit en revanche de vendre les infrastructures et confier l’exploitation sous licence.

Outre la région Île-de-France, qui a sélectionné la startup bordelaise à l'issue d'un appel à manifestation d'intérêt lancé en septembre 2019, le modèle a déjà séduit le département de la Vienne. La première vague Okahina devrait ainsi voir le jour fin 2021, à proximité du Futuroscope, avec une mise en service programmée début 2022. Waveriding Solution discute par ailleurs toujours avec Libourne et la Cali en vue d’une installation sur le lac des Dagueys, envisagée à l’horizon 2022.


Projet Okahina à Libourne - illustration DEIS

À Chasseneuil-du-Poitou, où la vague Okahina devrait faire environ 40 mètres de diamètre, l’investissement en capital requis pour la construction des infrastructures (vagues et installations annexes, notamment restauration et accueil du public) est évalué à 4,3 millions d’euros. Associé à des coûts d’exploitation relativement faibles, il garantirait la rentabilité rapide du projet, même en conservant des tarifs attractifs pour l’utilisateur final. D’abord financée sur fonds propres et grâce à des business angels, la startup met en avant la qualité et la diversité de ses partenaires et investisseurs (parmi lesquels le géant des travaux publics NGE) pour convaincre les pouvoirs publics et les institutionnels du monde du surf, en attendant les premiers take-off sur des vagues grandeur nature.

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