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Régionales : pour Clémence Guetté (LFI et NPA), « il faut conditionner les aides pour les grands groupes »

Écosystème
jeudi 03 juin 2021

Clémence Guetté, tête de liste aux élections régionales pour LFI et le NPA - Crédits : On est là

Clémence Guetté, qui conduit la liste On est là, est candidate aux prochaines élections régionales pour la France Insoumise et le Nouveau Parti Anticapitaliste. Opposée au projet de LGV, elle prône une bifurcation écologique, tant en matière de mobilité que de soutien à l’économie. Pour Placéco, elle revient sur quelques points de son programme.

Parmi les différentes mesures que vous portez sur le volet économique, vous proposez de « soutenir l’emploi plutôt que les entreprises ». Les deux sont-ils dissociables aujourd’hui ?
Oui ! Contrairement à d’autres listes nous pensons qu’on peut diriger l’économie, y compris vers le bien être des sociétés, des salariés. On considère que la valeur ajoutée, la richesse, ce sont les gens qui travaillent et non le capital ou une économie tombée du ciel. Quand on parle du nombre d’emplois créés dans l’absolu et de manière abstraite, on oublie que ce sont des emplois dans certains secteurs. Par exemple on crée plus d’emplois dans le tertiaire aujourd’hui, ou pour des cadres. La logique de centralisation autour de Bordeaux attire des gens plus diplômés et il ne faut pas oublier qu'il y a des catégories de gens qui se retrouvent oubliés par cette logique entrepreneuriale.

Nous avons une volonté d’accompagner les salariés dans la reprise de leur entreprise, avec des modèles alternatifs de SCOP (ndlr : société coopérative et participative) ou de SCIC (ndlr : société coopérative d’intérêt collectif). Je suis persuadée que c’est comme cela que nous aurons la vision la plus à long terme, car ce sont les salariés qui font l’entreprise.

Comment comptez-vous soutenir l’emploi sans risquer de décourager des entreprises de venir ou rester dans la région ?
Je pense que c’est la même logique qu’à l’échelle nationale, quand on nous dit que les grands groupes vont aller à l’étranger si on les taxe, et qu’il y a des intérêts à être dans certaines régions. Il est quand même possible de faire preuve d’un peu plus de volonté politique parfois, pour s’interposer entre le libre-marché et les intérêts des salariés. Notre mesure principale, c’est l’arrêt des subventions aux grands groupes qui polluent et qui licencient. Ça ne veut pas dire qu’on ne veut plus accompagner les entreprises, ça veut dire qu’on veut mettre des conditions politiques à l’exercice de leur activité en Nouvelle-Aquitaine, en les accompagnant vers des pratiques plus vertueuses environnementalement et socialement. Le politique est justement là pour fixer les règles du jeu, notamment en matière économique. Nous imaginons non pas des subventions mais des prêts, conditionnés au respect de certains critères. Ces prêts seraient à rembourser dès lors que les engagements ne seraient pas respectés.

Soutenir les petites entreprises, partout

Vous mentionnez les grands groupes, mais quid des TPE et PME ?
Je pense que la politique économique française comme régionale est très profondément inégalitaire. Il faut rehausser les aides pour les petites entreprises, qui font bien souvent la richesse locale, bien plus que ces grands groupes. Si je deviens présidente de la Nouvelle-Aquitaine il y aura une augmentation du budget à destination de ces sociétés, idem pour le mécanisme de formation.

Nous sommes dans une logique globale de relocalisation, des besoins et des demandes. Si on permet à ces entreprises de fournir des clients plus localement, par la commande publique, ce sera vertueux et ça pourra avoir un impact sur leur carnet de commande. Sur la restauration collective par exemple, on peut très bien ajouter des critères de localité. C’est une question de décision politique.

Vous voulez en finir avec la métropolisation. Que comptez-vous mettre en place pour inciter les entreprises à s’installer dans des territoires néoaquitains moins attractifs ?
On sait que 75% des 94.000 entreprises de la région sont en Gironde. Le territoire bordelais attire beaucoup, mais cela a des conséquences négatives : les prix de l’immobilier ont bondi, la LGV augmente l’installation de personnes d’autres régions comme les Parisiens au détriment des Néoaquitains… Mais en finir avec la métropolisation, il faut travailler sur tous les freins que peuvent avoir les entreprises pour les aider à s’installer ailleurs : l’accès au foncier, la mobilité… Je ne vous dit pas que ça va se faire par magie, mais il faudra créer des projets de territoire à destination des entreprises. Je pense que la bonne échelle pourra être celle des anciennes régions. J’ai toujours le regret de cette fusion mise en place par la loi Notre, qui a largement éloigné la décision politique du territoire.

Lors du débat organisé par Placéco, 20 Minutes et Le Populaire du Centre sur la réindustrialisation du territoire, Alain Rousset a rappelé l’existence du fonds régional Aquiti Gestion, qui accompagne des entreprises. Comptez-vous le maintenir si vous accédez à la présidence ?
Oui, c’est ce dont nous parlions précédemment : il faut accompagner ces entreprises, les aider sous toutes les formes. Je n’ai pas étudié dans le détail ce fonds Aquiti Gestion mais je pense qu’il pourrait être amélioré, même si sur le principe, on n’a rien contre. Mais on retombe sur l’éco-conditionnalité des aides : on ne peut pas laisser faire toute activité socialement et environnementalement destructrice, même si celle-ci œuvre pour l’innovation. Nous ambitionnons vraiment de prendre la région et dès lors, nous aurons les mains libres pour fixer un autre cap sur la question. On ne laissera pas faire tout et n’importe quoi, et des projets pourront être remis en cause. Comme pour la question de l’hydrogène : il y en a du vertueux, qui est compatible avec nos ambitions écologiques, et un hydrogène parfaitement absurde.

N’avez-vous pas peur d’envoyer un mauvais signal aux acteurs économiques qui voudraient s’implanter sur le territoire néoaquitain ?
Je ne crois pas que nos mesures puissent mettre un coup d’arrêt à l’attractivité. C’est juste que nous pensons cette dernière différemment, qu’elle est tournée vers d’autres objectifs ! Engager une région dans un projet de bifurcation écologique d’ampleur, ça va permettre de créer énormément d’emplois. Dans la rénovation énergétique, dans les transports, dans l’agriculture biologique… Nous en sommes convaincus.

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