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Bordeaux Métropole: aéronautique et numérique resteront au cœur de l'économie

Écosystème
mardi 24 novembre 2020

« Malgré leurs empreintes énergétiques indiscutables », Bordeaux Métropole doit accompagner le développement des filières aéronautique et numérique, estime Stéphane Delpeyrat, vice-président de Bordeaux Métropole en charge du développement économique, de l'emploi, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Quitte à assumer un désaccord avec ses partenaires écologistes : « La transition écologique ne se décrète pas dans un bureau avec de grandes déclarations, elle se travaille avec les industriels »

Quel rôle veut jouer la métropole dans le développement économique des grandes filières ?
Il faut d’abord remettre la métropole à sa place. Aujourd’hui la principale collectivité territoriale qui a une compétence générale sur l’économie est la région. La métropole, comme les villes, ne peut intervenir que sur délégation du conseil régional, notamment sur les politiques de filière. On part d’un point qui est la sortie d’un mandat qui s’achève, pendant lequel madame Calmels, libérale jusqu’au bout, considérait que les entreprises n’avaient pas besoin d’aide publique. La métropole s’était un peu limitée à une politique d’accueil avec Invest In Bordeaux, avec de la conciergerie pour accompagner les familles qui s’installent dans le cadre de nouveaux projets, et de la communication avec Magnetic, mais il n’y avait pas vraiment de politique de filière puisqu’elle considérait que ce n’était pas le rôle des pouvoirs publics. Nous sommes en train de renouer une convention différente avec la Région, mais encore une fois il faut remettre la métropole à sa place, nous n’avons ni les moyens ni les compétences pour mener une politique de filière.

En revanche, nous avons des opérations structurantes qui intéressent les industriels avec les OIM (Opérations d’Intérêt Métropolitain), notamment l’Aéroparc, avec des investissements importants en infrastructure, en aménagements publics et en création de zones d’activité. Nous collaborons avec la Région sur des projets comme la SEML Route des lasers ou le port de commerce, mais plutôt comme aménageur que comme accompagnant économique des filières d’entreprises. Nous allons conforter ce que sait faire la Métropole, cet aménagement, nos technopoles, et définir d’ici février une nouvelle convention avec le conseil régional pour définir, un peu comme ça a été fait dans le plan d’urgence, la répartition en fonction de la taille des entreprises et déterminer si nous nous concentrons plutôt sur l’économie de proximité.

Après, il y a plusieurs focus importants comme le numérique, qui a été le plus grand créateur d’emploi, hors aéronautique, ces dix dernières années, mais aussi le tourisme, très lié au secteur viticole, l’économie sociale et solidaire, les TPE et les commerçants. Nous avons également voulu associer l’enseignement supérieur au développement économique, de façon à mieux accompagner la région pour renforcer une politique d’écosystème favorable à la recherche et à l’innovation, comme on le fait déjà autour de Tarmaq ou de Spacehub. L’un des objectifs sera de faire venir des écoles d’ingénieur, sujet sur lequel la métropole a aujourd’hui un retard important par rapport à des villes comme Lyon ou Toulouse.

L’aéronautique et le numérique ne figurent pas au premier rang des préoccupations des élus bordelais en charge du développement économique, comment comptez-vous concilier vos aspirations respectives ?
L’aéronautique concerne a priori assez peu la ville de Bordeaux, en n’oubliant tout de même pas que l’OIM Aéroparc représente 30% du versement transport de la métropole. Quant au numérique, il y a une empreinte énergétique indiscutable, mais ça reste malgré tout le cœur de l’économie d’aujourd’hui et de demain. C’est le débat que j’ai aujourd’hui avec les écologistes. La transition écologique ne se décrète pas dans un bureau avec de grandes déclarations, elle se travaille avec les industriels. La filière aéronautique sait que réduire son empreinte carbone est une question de survie. Ça ne concerne d’ailleurs pas que la technologie avion, c’est aussi un modèle économique à repenser et les acteurs concernés en sont conscients. Idem pour le numérique. On peut réduire l’empreinte carbone, mais encore faut-il le faire avec tous les acteurs, en leur demandant de participer à la transition.

N’y-a-t-il pas une contradiction entre la posture qui consiste à dire pas de dogmatisme sur le numérique et le fait de voter un moratoire sur la 5G ?
Non, le problème ne se pose pas comme ça. Il faut qu’on ait une réflexion sur l’innovation, ça n’est pas parce qu’un nouveau produit arrive sur le marché qu’il doit nécessairement s’imposer. Je suis pour qu’il y ait un débat sur la technologie et qu’elle soit déployée quand elle a des conséquences positives. Au-delà de la 5G, les pouvoirs publics et les citoyens doivent pouvoir s’emparer de ces débats, il faut qu’il y ait des questionnements et que l’économie et la technologie redeviennent des moyens, pas une fin en soi, sinon ça n’a plus de sens, particulièrement face à l’urgence climatique. On voit bien d’ailleurs que les jeunes sont sensibles à ces questions, ils n’ont plus envie d’être dans un modèle où l’on se contente de produire pour produire. Il ne faut pas devenir technophobe pour autant. Aujourd’hui si on pilote le réchauffement climatique c’est bien parce qu’on a des satellites. La question est donc de trouver comment redonner du sens et faire retrouver à l’économie des objectifs plus conformes à l’intérêt général.

L’hydrogène, soutenue par la région, fait-elle partie de ces filières d’innovation capables de répondre à cette ambition ?
C’est une piste intéressante, mais pour l’instant il n’y a pas encore de solution technique qui permettrait de déployer à grande échelle sur des usages grand public, on est plutôt sur des niches, avec de vraies difficultés techniques sur le stockage ou la production. C’est donc une piste sur laquelle nous voulons avancer, comme le stockage des énergies renouvelables intermittentes ou la production de biocarburants, mais il ne faut pas attendre de solution miracle, les vrais changements passent aussi par la mise en place d’un nouveau modèle dans lequel on consomme moins. Ce sont des sujets très techniques, l’important est donc de travailler avec nos ingénieurs à construire les briques qui feront que le système pourra tenir.

A vous entendre soutenir les filières aéronautique et numérique, on se demande si vous êtes plus proche d’un Pierre Hurmic ou de maires comme Franck Raynal (Pessac) ou Emmanuel Sallaberry (Talence) ?
Ce ne sont pas des philosophes dont je m’inspire ! Plus sérieusement, on essaie d’avoir une démarche cohérente, ça ne sert à rien de prendre des mesures d’urgence si elles ne sont pas acceptées socialement, même si je suis moi aussi très angoissé par les chiffres liés à l’urgence climatique.

La crise actuelle peut-elle remettre en cause une OIM comme Tarmaq ou son calendrier ?
Pas son calendrier mais son contenu, peut-être, pour tenir compte de l’évolution du secteur. Le projet a d’ailleurs déjà été amendé, notamment pour introduire les aspects liés au recyclage ou à la déconstruction des avions. L’idée est donc d’aller plus loin sur les aspects liés à la transition. Après, la problématique est moins technique que politique et économique, l’aéronautique était sur un modèle de croissance exponentielle, mais ça ne tient pas, notamment sur le low cost, ça n’est pas rationnel de pouvoir faire le tour de l’Europe pour 50 euros. Là aussi il faut trouver quel modèle reconstruire, quelque chose de plus durable, et ça prend un peu de temps.

Autre OIM du côté de Pessac avec l’ancien site de Thalès, qui sera piloté par la SEML Route des Lasers. Sait-on déjà à quoi ressemblera le projet ?
C’est encore un peu tôt, d’autant qu’on prend du retard à cause de la situation actuelle. Là aussi, il y a une réflexion à avoir sur la façon dont on agence le projet, en sachant qu’on ne peut pas empiler toujours plus d’activités au même endroit puisqu’au bout d’un moment ça finit par coincer, on le voit un peu sur l’Aéroparc. Il faut donc qu’on redéploie les activités un peu différemment, mais là aussi il ne suffit pas de dire aux entreprises d’aller s’implanter à tel ou tel endroit. Il faut élaborer une autre géographie économique, ce qui doit se faire en concertation avec tous les acteurs concernés, les entreprises comme les territoires d’accueil.

Qui devrait piloter l’attractivité du territoire aujourd’hui ?
L’attractivité est un sujet, mais pas forcément comme on l’imagine. Les entreprises qui cherchent à se localiser ont des raisons précises de le faire. Certaines veulent être à côté de l’aéroport, d’autres veulent se positionner à proximité de leurs sous-traitants ou de leurs clients, ce qui laisse en général trois ou quatre sites envisageables. La question est donc plutôt de savoir si elles vont s’implanter chez nous ou dans une autre ville. Je n’ai pas d’état d’âme à accompagner Ariane sur Spacehub parce que je sais que si le projet ne s’installe pas là, il ira à Toulouse ou à Paris. Il y a donc une forme de compétition entre les territoires, qu’on peut regretter d’ailleurs. Après, je suis plus réservé sur l’aspect communication de l’attractivité et le marketing territorial. Ça n’est pas en faisant des plaquettes qu’on va changer les choses de façon durable, je crois plus à l’idée d’un écosystème structuré de façon favorable.

Quel avenir pour Invest in Bordeaux ?
Quel avenir tout court pour l’organisation de la métropole ? La région a déjà des agences, nous avons les OIM, la CCI a normalement la charge de ces sujets… à force de multiplier les interlocuteurs, on finit par ne plus savoir qui fait quoi. Invest a un problème structurel de masse salariale, lié au passé, donc on ne peut pas continuer comme ça, mais ça ne sert à rien d’arrêter les choses brutalement. Prenons notre temps pour trouver comment rationnaliser l’ensemble, en arrêtant la compétition entre les différentes structures. On pourrait se demander pourquoi ça n’a pas été fait avant mais peu importe, nous allons le faire. Le groupe de travail mis en place avec la région pour la convention de délégation va justement travailler sur l’attractivité, l’accueil des entreprises, l’aéroport, le port et tous les gros dossiers, ça prendra peut-être quelques mois mais c’est nécessaire. 


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