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Pollen Robotics, seul finaliste français du concours ANA Avatar XPrize

Stratégie
vendredi 22 octobre 2021

Pierre Rouanet et Matthieu Lapeyre, cofondateurs de Pollen Robotics... Et de Reachy. Crédits : Pollen Robotics

Pollen Robotics et son robot humanoïde Reachy sont finalistes du concours d’innovation ANA Avatar XPrize. À la clef, 8 millions d’euros que les trois lauréats se partageront, et un sacré coup de pouce pour la startup, qui espère décrocher le prix en 2022.

C’est un concours à 10 millions d’euros, auquel participe la startup bordelaise Pollen Robotics. Mieux, elle fait partie, sur 77 qualifiés au départ, des 15 finalistes… Et se retrouve seul participant français encore en lice. Le concours ANA Avatar XPrize, surnommé les « Jeux olympiques de la science », est organisé par la fondation XPrize. Le but ? Créer un système d’avatars robotisés, pilotés à distance, « qui vont permettre à un humain d’interagir avec d’autres personnes ou environnements, et ayant le sentiment d’être présent », développe Matthieu Lapeyre, cofondateur de Pollen Robotics avec Pierre Rouanet. « Le concours a été lancé avant la crise du Covid-19, mais il prend d’autant plus de sens maintenant », commente-t-il.

La jeune pousse participera ainsi à la finale à l’automne 2022, avec son fidèle robot humanoïde Reachy, développé en open source et présenté à Las Vegas lors du CES 2020. Doté de deux bras adaptés pour manipuler des objets, et d’une tête expressive pourvue de caméras, il est depuis peu capable de se déplacer dans des espaces intérieurs. Téléopérable, il nécessite « seulement » un casque de réalité virtuelle pour être utilisé. « L’open source est important pour nous car on ne pense pas qu’une seule entreprise réussira à résoudre les problèmes du domaine technologique, précise le cofondateur de Pollen Robotics. Les projets sont tellement difficiles et complexes, que ça demande une collaboration importante de plusieurs entités. » Et puis, précise-t-il, cela apporte une garantie supplémentaire. Il est possible de vérifier qu’il n’y a pas de captation de données ou d’usages détournés.

Un usage auprès de personnes dépendantes

Aujourd’hui, Reachy est conçu pour trois domaines d’activité : le retail, la santé et la restauration. « Ça nous intéresse d’explorer de nouveaux secteurs où la robotisation n’est pas encore développée, reprend Matthieu Lapeyre. Donc ce sont plutôt des secteurs de services. » Notamment, celui de la santé, pour un déploiement du petit robot en EHPAD ou au domicile de patients. « Le but est d’arriver à apporter des outils qui permettent de démultiplier les efforts des soignants, qui peuvent ainsi se concentrer sur certaines tâches, détaille le cofondateur. La téléopération permet de réaliser des actes plus complexes, le médecin ou l’infirmier peut à distance aider le patient et évitant certains déplacements. » Pollen Robotics travaille actuellement avec des entreprises et des laboratoires qui testent ces applications.


Reachy est développé pour trois domaines d'activité, le retail, la restauration et la santé. Crédits : Pollen Robotics

Mais faire évoluer les professionnels à travers un robot, ne serait-ce pas déshumanisant, notamment pour les patients ? « C’est demande qui vient plutôt de ces patients, affirme Matthieu Lapeyre. Typiquement, dans le cas d’une personne atteinte d’un handicap très sévère et qui a besoin d’une présence à domicile 24 heures sur 24. Elle ne peut plus avoir d’autonomie, de moment où elle se retrouve tranquille, seule chez elle. » Ainsi, la présence d’un Reachy pourrait lui permettre de gagner quelques moments à elle, car le robot pourrait augmenter ses capacités. Comme, par exemple, attraper un objet qu’elle ne pourrait pas attraper elle-même. « Et puis cette application reste à l’étude, rappelle Matthieu Lapeyre. Si ça s’avère contre-productif, ça ne sera pas déployé. »

L’équivalent « d’une bonne levée de fonds »

Prochaine étape, donc, la finale du concours. Pour l’instant les épreuves ne sont pas encore connues, mais celles de demi-finales consistaient en trois ou quatre scénarios différents d’interaction entre deux jurés, dont l’un téléopérait un robot. « Ils devaient visiter un musée, échanger autour d’une réunion, participer à un jeu ensemble », se remémore Matthieu Lapeyre. À l’issue du concours, les trois lauréats se partageront 8 millions d’euros de prix. Une récompense financière « équivalente à une bonne levée de fonds », qui permettrait à Pollen Robotics d’accélérer son développement. « Cela changerait sérieusement notre trajectoire, et nous permettrait d’investir sur des sujets encore plus avancés que ceux attaqués. »

La startup n’a pour l’instant pas prévu de participer au prochain CES de Las Vegas, car elle n’a pas de nouveaux robots à présenter, mais reste ambitieuse pour 2023. « Peut-être qu’on y sera, car on aura des nouveautés plus importantes », envisage Matthieu Lapeyre sans en dire davantage.

Pollen Robotics
Basée à Bordeaux
8 salariés
CA : n. c.

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