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Nouvelle-Aquitaine : des pistes pour la relocalisation des industries de santé

Écosystème
lundi 29 novembre 2021

Alain Rousset et Françoise Jeanson ont reçu le 23 novembre les propositions du groupe emmené par Bernard Bégaud et Francis Carré - photo AL

Comment créer les conditions nécessaires et favorables à la relocalisation des industries de santé en Nouvelle-Aquitaine ? Le groupe de travail missionné par le conseil régional préconise de renforcer l’accompagnement aux biotechs émergentes en capitalisant sur les outils de l’École nationale supérieure de technologie des biomolécules de Bordeaux (ENSTBB). En attendant, pourquoi pas, de voir émerger un véritable campus biotech néo-aquitain.

Mars 2020. Alors que la crise sanitaire met en lumière les problématiques de rupture d’approvisionnement sur certains principes actifs, la région Nouvelle-Aquitaine décide de mettre en place un groupe de travail pluridisciplinaire, mêlant 40 acteurs publics privés, autour de la question de la relocalisation des activités pour l’industrie pharmaceutique. « Le problème avait déjà été identifié, mais la crise a permis une prise de conscience aigüe », admet Françoise Jeanson, vice-présidente du conseil régional en charge de la santé.

Le groupe est emmené par un duo associant un universitaire, le professeur de pharmacologie Bernard Bégaud, et un industriel, Francis Carré, ancien vice-président chimie et biotechnologies chez Sanofi. Dix-huit mois après sa création, il a livré le 23 novembre dernier ses premières conclusions, avec un premier constat clair : la relocalisation des industries de santé ne passera pas par le rapatriement des activités parties à l’étranger, considéré comme illusoire, mais par la recréation d’une filière capitalisant sur les innovations nées localement.

« La première chose à faire est d’être attentif à la création, pour faire en sorte qu’un produit ou un principe thérapeutique né dans la région y reste. Si le découvreur ne trouve pas d’aide en local, il ira à l’étranger. Une fois que cette étape est franchie, il est très difficile de le rapatrier. Nous devons donc privilégier la localisation de nos productions », plaide Francis Carré. L’essor des biomédicaments - dont le principe actif fait appel à une source biologique, par opposition à la pharmacie de synthèse - plaide également pour cet ancrage local. « Pour des biomédicaments comme les anticorps monoclonaux, on ne parle pas de génériques, mais de bioéquivalence, dans la mesure où les outils de contrôle ne permettent pas de garantir qu’une molécule sera strictement identique à une autre. On certifie donc le procédé qui sert à l’élaborer, ce qui limite les possibilités de départ à l’étranger », illustre Bernard Bégaud.

Créer un réseau régional d'accélération des biotechs

Fort de ces constats, le groupe de travail recommande de capitaliser au maximum sur les forces régionales pour accompagner les découvertes scientifiques jusqu’à leur phase d’industrialisation. Entre autres pistes, il préconise par exemple de s’appuyer sur les outils technologiques dont dispose l’École nationale supérieure de technologie des biomolécules de Bordeaux (ENSTBB), qui diplôme chaque année une cinquantaine d’ingénieurs exerçant dans le domaine des biotechnologies, avec la création d’une cellule de transfert dont le rôle serait de démontrer la faisabilité de projets innovants, ou de réaliser des pilotes préalables au passage à l’échelle industrielle.

Au-delà de l’ENSTBB, le groupe recommande également de constituer un réseau régional d’accélération, chargé par exemple de favoriser la mutualisation des moyens de production entre secteurs publics et privés, ou d’établir des ponts entre les industries de santé et les filières connexes telles que la chimie ou la cosmétique, en y impliquant d’autres structures universitaires telles que l'Institut européen de chimie et de biologie (IECB) de Pessac, ou les campus de La Rochelle et de Limoges. Créer des ponts entre recherche et industrie : ces propositions, inscrites dans le prolongement du cluster Allis-NA, ne pouvaient trouver qu’un écho favorable auprès du président de région. « Nous devons essayer de développer et massifier ces nouvelles technologies, nous adosser à la culture médicale et pharmaceutique régionale pour devenir leaders d’un changement de paradigme sur l’approvisionnement en Asie et le biosourcing », estime Alain Rousset.

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