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Mobilité : « On est en train de faire une ville pour des gens en vacances »

Écosystème
jeudi 23 septembre 2021

Photo d'illustration. Crédits : Adobe Stock Rh2010

Transports en commun, zones piétonnes et ZFE : que pensent les acteurs du monde économique des perspectives pour la Métropole et la Ville de Bordeaux ?

Depuis le début du mois de septembre, la mobilité est au cœur des discussions du territoire. La Métropole et la Ville de Bordeaux ont respectivement dévoilé leur plan d’actions à ce sujet, ce qui n’a pas manqué de faire réagir. Dans une conférence donnée à la presse, le groupe d’opposition métropolitain Métropole Commune(s) a fustigé « un plan d’immobilité qui ne répond pas aux grands enjeux qui nous attendent ». Qu’en est-il des acteurs de l’économie bordelais ? Comment accueillent-ils les annonces, tant pour le centre-ville que pour la future « ZFE » (zone à faible émission) ?

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Un besoin criant d’infrastructures

Pour Franck Allard, les annonces faites il y a quelques jours par le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, ne passent pas. « C’est sidérant de constater qu’il manque deux mots dans ce plan, travail et économie, fustige le président du MEDEF Gironde. On est en train de faire une ville pour des gens en vacances, qui se promènent, qui font du shopping, et qui n’ont pas d’activités professionnelles… Alors qu’ils en ont. On a besoin de bouger pour pouvoir travailler, et on ne peut pas tout faire à vélo. » Abordant, plus largement, la circulation autour de Bordeaux, il souhaite que les collectivités ne refassent pas « les mêmes erreurs » après être « passées complètement à côté du désenclavement de la ville avec le grand contournement ».

Des inquiétudes partagées par Christian Baulme, président de l’association La Ronde des quartiers. « Quand vous habitez à Libourne, si vous avez un train toutes les heures et qu’il faut deux heures de transport, on n’appelle pas ça une alternative. Aujourd’hui, il y a des bouchons partout, les gens préfèrent faire une heure en voiture que presque le double en transports en commun. » Pour, lui, il doit également y avoir des parkings relais le long des voies de bus, et pas uniquement pour les tramways. « On ne peut pas emprunter les lianes car il n’y a pas ces parcs. Où est-ce qu’un usager peut garer sa voiture ? »

Un « Plan Marshall » des politiques ?

Philippe Loiseau, président de la CPME Gironde, s’inquiète des répercussions du trafic sur le centre-ville du port de la lune. « Que ce soit la Métropole ou la municipalité, le problème va bien au-delà. J’en appelle à un Plan Marshall de nos politiques, de tous les maires de la Métropole pour se rendre compte que l’on va dans un mur d’ici deux ou trois ans. On n’arrive plus à circuler, et lorsqu’on regarde les constructions en cours comme Belvédère Rive Droite, le quartier Saint-Germain ou le nouveau quartier de la Rue Bordelais, ce sont des millions d’habitants supplémentaires qui vont arriver. » Il poursuit. « En face, il n’y aura pas de nouvelle ligne de tramway, de nouvelles voies de bus. Si on ne prend pas des mesures immédiates, il n’y aura pas de miracle. »

Un engorgement qui pourrait mettre à mal l’activité de commerces en centre-ville bordelais, couplé aux difficultés de stationnement et à l’extension de certaines zones piétonnes. Pour autant, le président de La Ronde des quartiers est lucide. « Ces plans de mobilité vont dans le sens de l’histoire. Ça fait plusieurs années qu’on parle de nouvelles mobilités, et les commerçant savent bien qu’il faut réorganiser les modes de déplacement. » Il cite en exemple l’Italie, pays dans lequel de nombreux centres-villes sont piétons. « Là-bas, 40 % de la distribution alimentaire est réalisée par les grandes et moyennes surfaces, le reste, par des petits commerces. En France, les GMS représentent 65 % de la consommation. » L’accompagnement doit être de mise, pour que les commerçants puissent continuer d’exercer en centre-ville.

La ZFE ne fait pas l’unanimité

D’ici à la fin de l’année 2022, une ZFE, zone à faible émission, pourrait être mise en place sur 14 des 28 communes de la métropole bordelaise. Elle vise à instaurer une restriction de circulation pour les véhicules les plus polluants. Christian Baulme reste prudent sur le sujet, et attend de voir les contraintes qui seront appliquées. « Si l’on veut interdire aux voitures les plus anciennes de rouler, cela veut dire qu’on empêche les personnes les plus défavorisées de circuler dans la métropole. Forcément, cela aura toujours un impact sur les commerçants, car nous n’avons pas de transports en commun à la hauteur des enjeux écologiques. Mais on a bien conscience qu’il faut mettre des choses en place pour faire baisser la pollution, en faisant attention à la manière, que ce ne soient pas toujours les mêmes qui trinquent. »

Pour Franck Allard, « les ZFE sont à la mode mais ce n’est pas un vrai sujet ». Il argumente. « Je suis tout à fait d’accord avec le principe de la régression du CO2, mais il faut replacer le sujet. Aujourd’hui, l’Europe représente 10 % des émissions de gaz à effet de serre dans monde. Je veux bien que l’on continue de se flageller, il faut bien commencer par quelque chose mais aussi regarder du côté de l’Asie, de l’Inde, des Etats-Unis. Et leur dire qu’ils doivent eux aussi prendre en compte leurs réductions de CO2. »

Ces jeudi 23 et vendredi 24 septembre, le dossier de la mobilité est au cœur des discussions du Conseil Métropolitain. Nul doute que les débats, là encore, seront animés entre élus de la majorité et des oppositions.

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