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Champ captant : Bordeaux Métropole veut puiser l'eau souterraine du Médoc

Écosystème
jeudi 28 octobre 2021

Bordeaux Métropole a tenu ce jeudi 28 octobre une conférence de presse, aux côtés de l'agence de l'eau Adour-Garonne, du Département de la Gironde et de la préfète Fabienne Buccio, pour présenter le projet. Crédits : MB

Bordeaux Métropole vient d’ouvrir une concertation préalable au public, pour son projet de champ captant dans le Médoc. Ce dernier a vocation à sécuriser l’apport en eau à deux tiers des Girondins, en forant une nappe souterraine, l’oligocène. Explications.

C’est un projet à 60 millions d’euros que portent Bordeaux Métropole, le Département de la Gironde et l’agence de l’eau Adour-Garonne, pour sécuriser l’alimentation en eau potable des Girondins. « Aujourd’hui, on puise beaucoup dans une nappe souterraine qui est l’éocène, présente le président de la Métropole, Alain Anziani. On puise au-delà de sa capacité de reconstitution et si on veut éviter une catastrophe écologique d’ampleur, il faut qu’on aille puiser l’eau potable ailleurs. Dans une autre nappe qui est du côté du Médoc », l’oligocène. Concrètement, le projet prévoit de construire un champ captant entre les communes de Saumos et Le Temple, grand comme « à peu près trois terrains de football », illustre la vice-présidente de la Métropole Sylvie Cassou-Schotte, en charge de l’eau et de l’assainissement. Sur cette zone, 14 puits permettraient de forer de l’eau à 250 mètres de profondeur. Une station de pompage et de traitement serait également construite, avant que l’eau, via 30 km de canalisations, soit acheminée dans le réseau de Bordeaux Métropole. Pour autant, Alain Anziani le martèle, ce projet alimenterait deux tiers des Girondins, soit un peu plus de 900.000 habitants. Chaque année, 320 millions de mètres cube d’eau potable sont prélevés dans le département.

Mais avant de démarrer les travaux, d’ici 2023, une concertation préalable du public est ouverte depuis le 26 octobre, et jusqu’au 8 décembre prochain. Un dispositif « extra-légal » comme le rappelle la Métropole qui espère que « ces objectifs que l’on a soient les plus partagés », affirme son président. « Peut-être qu’au début, la Métropole est arrivée avec beaucoup trop de certitudes en disant que l’eau est à tout le monde, que ce n’est pas l’eau de quelqu’un et qu'on ne peut s'y opposer, avance Alain Anziani. Ce qu’il nous faut, c’est beaucoup plus de concertation. »

60% de l’eau forée pour Bordeaux Métropole

Ce projet permettrait de substituer 10 millions de mètres cube, prélevés chaque année dans l’éocène. Mais comme le souligne Sylvie Cassou-Schott, « ce n’est pas pour consommer plus d’eau, mais pour pouvoir économiser nos ressources souterraines en allant la chercher ailleurs ». D’autant que certaines collectivités, d’après le conseiller départemental et sénateur de Gironde Hervé Gillé, « n’ont pas de capacité de substitution et sont obligées de prélever dans l’éocène ». Selon lui, si aucune solution pour rééquilibrer les prélèvements n’est trouvée, « on aura des collectivités en grande difficulté ». Dans le détail, les canalisations construites seraient acheminées vers la métropole en traversant les communes du Temple, de Salaunes, de Martignas-sur-Jalle et de Mérignac. Bordeaux Métropole consommerait alors 60% de la ressource, et les 40% restants seraient conduits vers l’Entre-deux-Mers et le sud de l’agglomération.

Le projet « Landes du Médoc », évalué à 60 millions d’euros, serait porté financièrement par Bordeaux Métropole, le maître d’ouvrage, à hauteur de 56 millions d’euros. Les 4 millions d’euros restants viendraient des autres services d’eaux bénéficiaires. L’Agence de l’eau Adour-Garonne s’est engagée à apporter une subvention à hauteur de 50% du coût total (dans la limite de 30,5 millions d’euros), et le Département mettra 10 millions d’euros sur la table. Les habitants desservis par ce projet pourraient voir leur facture en hausse une fois la mise en service effectuée, « de l’ordre de 0,50 euros à 6 euros par girondin desservi et par an », précise Bordeaux Métropole.

Vers une mise en service d’ici 2025

« La concertation, qui n’était pas obligatoire, servira à recueillir tous les questionnements, reprend Sylvie Cassou-Schott. Notamment venant des forestiers. » En effet, d’après France Bleu Gironde, ces derniers estiment que le champ captant menacerait directement les forêts de pins maritimes, qui pourraient se retrouver assoiffés en été si la nappe qui les irrigue diminuait de 10 cm. « Au maximum, dans le pire des cas, il peut y avoir une diminution de 5 cm des nappes de surfaces, rassure Guillaume Choisy, directeur général de l’agence de l’eau Adour-Garonne. Ce qui veut dire qu’une racine sait s’adapter à ce niveau pour aller chercher l’eau, et cela n’entraînera pas un ralentissement de la croissance des pins. » De son côté, la préfète de Gironde Fabienne Buccio s’engage « au nom de l’Etat » à ce que les conclusions des études et de la concertation soient prises en compte. Quatre rendez-vous de concertation sont d’ores et déjà fixés : le 9 novembre à Lacanau, le 17 novembre à Talence, le 25 novembre à Créon et le 2 décembre à Saumos et Bordeaux. Deux garantes indépendantes ont été désignées par la Commission nationale du débat public pour encadrer ces moments d’échange.

Si le projet se poursuit au terme de cette concertation préalable, une enquête publique puis les travaux seront engagés en 2023, pour une mise en service d’ici 2025. Bordeaux Métropole affirme également que d’autres projets complémentaires sont à l’étude, « pour tenir compte de l’arrivée de nouveaux habitants en Gironde dans les années qui viennent ».

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