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Logiciel libre : comprendre les enjeux économiques de la filière avec le cluster Naos

Stratégie
lundi 16 novembre 2020

L'accélérateur de startups la Banquiz a été lancé il y a six ans - Photo Banquiz

Naos, pour Nouvelle-Aquitaine Open Source, est une association qui promeut le logiciel libre, et œuvre pour le développement économique de cette filière dans la région. 120 entreprises se fédèrent autour de cette structure, soutenue depuis de nombreuses années par le Conseil Régional. Qu’est-ce que le logiciel libre et quels sont ses enjeux ? Eléments de réponse avec Jean-Christophe Elineau et François Pellegrini, respectivement directeur et coprésident de Naos.

Placéco : Tout d’abord, comment définissez-vous le logiciel libre ?
Jean-Chistophe Elineau :
Un logiciel libre, c’est comme une recette de cuisine. Vous trouvez une recette, vous la téléchargez sur votre ordinateur mais vous pouvez l’utiliser pour la refaire, en modifiant les ingrédients pour l’adapter à votre goût et même la diffuser à votre entourage.

François Pellegrini : En fait les utilisateurs du logiciel ont accès à son code, c’est ce que l’on appelle l’open source. Cela leur permet de le modifier, de rajouter des fonctionnalités selon leurs besoins. Et donc de l’améliorer.

Quels sont les avantages de l’open source ?
F. P. :
On peut citer en exemple Blender, qui est un logiciel de conception 3D. Le projet, lancé dans les années 1990, était au départ fermé. Au fil des ans il commençait à mourir, et sa communauté d’utilisateurs s’est mobilisée pour le conserver. Après avoir remboursé les investisseurs, son concepteur a ouvert Blender, qui est devenu un logiciel libre. Une vraie communauté s’est créée derrière, chacun améliorant le code selon ses besoins. Aujourd’hui c’est le logiciel de référence dans le milieu. Dans le numérique nous travaillons sur une économie de biens immatériels, dits « non-rivaux ». En ayant une stratégie open source, un logiciel peut être adapté à un marché de niche. Par exemple pour un outil de traduction, des utilisateurs peuvent introduire une langue qui n’est pas nationale, selon leurs besoins. En lâchant du contrôle on gagne en résilience, en agilité, et en capacité d’extraire de la valeur.

Comment cela est-il viable économiquement ?
F. P. :
L’un des enjeux majeurs est la communauté. Si l’on est capable de recruter des contributeurs qui ont un intérêt stratégique à ce qu’un projet existe, alors ils investiront dans ce dernier, qui prendra l’ascendant sur la concurrence. Les modèles économiques libres sont basés sur la possibilité de capitaliser de la valeur. Dans le numérique, transposer les modèles de l’économie matérielle n’a pas de sens : ceux qui réussissent réussissent trop, d’une certaine façon, ils ont un modèle où ils captent trop de valeurs. Le but du libre c’est de dire « on fonctionnera sans capter trop de valeurs », pour que les gens puissent conserver ces dernières et en produisent eux-mêmes.

La Nouvelle-Aquitaine en pointe sur l'open source

Quelle est la vocation de Naos, en Nouvelle-Aquitaine ?
F. P. :
Nous sommes là pour fédérer les acteurs du logiciel libre. Le Conseil Régional qui nous soutient partage l’idée que l’open source permet de garder la richesse sur notre territoire. Aujourd’hui dans le modèle traditionnel de l’entreprise lorsque l’on veut travailler dans une grande boîte, on est obligé d’aller à Paris, aux Etats-Unis ou ailleurs : le contribuable aura alors payé deux fois. Une fois pour former les jeunes, la seconde pour les produits que ces derniers produisent à l'étranger. Nous, chez Naos, nous disons aux porteurs de projets qui ont une idée, une richesse, de rester sur leur territoire. On peut, grâce aux technologies libres, maintenir des emplois très qualifiés et de la production de valeur sur l’ensemble de la Région.

La filière compte 120 entreprises en Nouvelle-Aquitaine. Qui sont-elles ?
J-C. E. :
Ce sont majoritairement des TPE et des PME, la plus grande compte 50 salariés. Ce sont de petites entreprises très agiles, pas loin d’être leader dans leur secteur. En Gironde il y a MapoTempo qui fait de l’optimisation de tournée, Ekylibre qui est un logiciel de gestion d’exploitation agricole, ou encore Shinken Solution qui fait de la sécurité d’infrastructure réseau.

F. P. : Ce secteur économique connaît un bel essor. Nous n’avons pas de chiffres régionaux mais à l’échelle française, le Conseil national du logiciel libre (CNLL) considère que ce sont 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuels qui sont générés par des entreprises fournissant des services autour du libre. Le taux de croissance est aux alentours de 7 à 10% par an, car maintenant de nombreuses entreprises basculent vers du libre. Société Générale ou Peugeot, par exemple.

Vous avez annoncé la semaine dernière un plan de Compétitivité et de Valorisation de la filière open source en région Nouvelle-Aquitaine. C’est-à-dire ?
J-C. E. :
Lors du premier confinement nous nous sommes demandé quels étaient nos points forts, nos points faibles vis-à-vis des entreprises de la filière. Nous les avons interrogées sur leurs attentes, ce qui a donné naissance à ce plan. Si nous dévoilerons les 22 actions le 8 décembre prochain, l’une d’elle est une manifestation annuelle pour valoriser la filière. 

F. P. : Et puis nous poursuivons le développement de la Banquiz. C’est un accélérateur de startups lancé en 2014 et ouvert à tous, même à quelqu’un qui a un projet au simple stade d’idée. Nous, chez Naos, apportons un accompagnement, de la mise en relation aussi. Nous pourrions résumer l'enjeu du libre ainsi : en mutualisant les coûts avec l’open source, on se concentre sur la valeur-ajoutée. C'est cela, que l'on veut véhiculer.

Naos
Basé à Pessac
www.naos-cluster.com

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