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Les artisans du bâtiment de Nouvelle-Aquitaine lancent un cri d'alarme

Écosystème
vendredi 25 mars 2022

Prises en étau entre des carnets de commande remplis et l’augmentation ininterrompue du prix des matières premières, du matériel ou des carburants, les entreprises artisanales du bâtiment de Nouvelle-Aquitaine lancent un cri d’alarme en direction des pouvoirs publics, mais aussi de la filière du négoce et des matériaux.

Quinze jours après un premier appel lancé en direction de Bercy par la représentation centrale de la Confédération artisanale des petites entreprises du bâtiment (Capeb), sa délégation régionale de Nouvelle-Aquitaine tire à son tour la sonnette d’alarme. « Notre président Jean-Christophe Repon a été entendu, en partie parce que le phénomène n’est pas nouveau, mais pour l’instant aucune mesure véritablement adaptée à notre secteur n’a été prise », indique Jean Exner, secrétaire général de la Capeb Nouvelle-Aquitaine.

Avec la CNATP (Chambre nationale des artisans des travaux publics et du paysage), la Capeb a déposé vendredi un courrier à l’attention de la préfète de Nouvelle-Aquitaine, grâce auquel elle espère obtenir rapidement l’organisation d’une réunion de crise associant les services de l’Etat, les entreprises du bâtiment, mais aussi le secteur du négoce et les médiateurs bancaires. « Nous sortons d’une réunion de travail à la CMA régionale, avec le président Gomez, mais on aura nettement plus de matière si on arrive à travailler avec tous les acteurs concernés, estime Jean Exner, qui prévient encore : les entreprises du bâtiment sont remontées comme des coucous suisses et il existe des solutions alors n’attendons pas pour limiter la casse ».

La raison de la grogne se situe bien sûr dans l’augmentation générale du prix des matières premières, ininterrompue depuis le début de la crise sanitaire. « + 56 % sur les produits acier + 31% sur le cuivre et + 81% sur le PVC et ce au cours des 12 derniers mois, + 15 à 25 % sur les tuiles (certains fournisseurs ont déjà appliqué 2 augmentations depuis novembre 2021), + 7 % sur les parpaings, + 8% sur le ciment, +5 à 8% sur la laine de roche, + 10 à 20% sur la laine de bois, + 9 % sur les plaques de plâtre, + 5 à 10% sur les enduits… la liste est longue mais révèle toujours le même phénomène avec dans bon nombre de cas 3 à 4 hausses tarifaires constatées depuis 12 mois », affirment la Capeb et la CNATP dans un communiqué commun.

Spéculation sur les prix et hausse des carburants

Plus que la hausse générale, c’est la volatilité des prix, et les exigences de paiement au comptant sur certains matériaux particulièrement sous tension comme l’acier, qui inquiète les syndicats. La Capeb estime ainsi qu’en janvier 2022, 55% des entreprises artisanales du bâtiment n’étaient pas en mesure de répercuter les variations de prix sur le client final, en raison de devis signés plusieurs mois plus tôt. « On en connait qui anticipent la pénurie en montant les prix de façon préventive, alors que certaines TPE sont obligées de travailler à perte pour honorer leurs contrats. On demande que l’effort soit partagé entre tous les acteurs », explique Jean Exner.

La hausse subite des prix de l’énergie, entraînée par la guerre en Ukraine, catalyse encore la grogne, et la demande de solutions adaptées. « Certaines petites entreprises de travaux publics ont arrêté leurs chantiers, parce qu’ils leur faisaient perdre 15 ou 20.000 euros par mois à cause de la hausse des prix du GNR (gazole non routier). Le litre a pris 1,10 euro, faites le calcul pour une entreprise de 10 ou 15 salariés qui en consomme 30.000 par mois », insiste le délégué.

Des propositions de sortie de crise

Dans leur courrier, les confédérations artisanales avancent plusieurs propositions, à commencer par un plafonnement des taxes sur le carburant, avec la mise en place d’une TICPE flottante, et une augmentation des montants de récupération de cette TICPE pour les véhicules professionnels. Sur le volet fiscal, elles demandent un report de charges pour les entreprises les plus touchées, ainsi qu’un mécanisme de financement sans intérêt de l’augmentation du besoin en fonds de roulement, pour pallier les difficultés de trésorerie. Elles suggèrent enfin la création d’une charte de solidarité avec les industriels et le négoce, prévoyant un délai de prévenance de trois mois sur les augmentations de tarif.

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