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Le collectif Garonne Fertile veut relancer le fret fluvial jusqu'à Bordeaux

Engagement
vendredi 07 mai 2021

Le collectif Garonne Fertile a expérimenté le transport de marchandises par voie fluviale, du Lot-et-Garonne jusqu’à Bordeaux. Une alternative écologique aux camions qui n’a pas encore de modèle économique viable, mais qui fédère déjà producteurs et restaurateurs.

Si vous étiez dans le quartier de Bassins à flot, jeudi en fin de journée, il est possible que vous ayez vu passer La Tourmente. Une péniche qu’a utilisé le collectif Garonne Fertile pour transporter durant quatre jours des produits agro-alimentaires. Partie de Damazan dans le Lot-et-Garonne, lundi 3 mai, l’expédition est arrivée dans le Port de la lune jeudi 6 mai. Objectif : expérimenter un premier voyage-pilote, et évaluer la faisabilité du fret fluvial qui émettrait quatre fois moins de CO2 que le transport routier.

En 2020 une première rencontre s'était tenue à Bordeaux, rassemblant les acteurs politiques et économiques susceptibles d’utiliser le fluvial. « A ce moment l’idée de réaliser ce voyage test a germé, se remémore Catherine Jauffred, membre de l’association Vivre le Canal. Pour identifier les points forts et les contraintes du fret fluvial, les possibles opportunités. » Depuis, le projet s’est accéléré, et d’autres acteurs l’ont rejoint comme la coopérative MBSO (Manger Bio Sud Ouest), spécialisée dans la distribution de produits bio pour la restauration collective ; ou le restaurant bordelais Casa Gaïa.

Etudier la viabilité du projet

Tout reste encore à construire pour les acteurs du projet. « Nous n’avons pas vraiment de point de comparaison car l’offre concernant le fret fluvial est quasi-inexistante, reprend Catherine Jauffred. Maintenant que le voyage a été effectué nous allons chiffrer le nombre de camions évités, les économies financières réalisées. » Sur ce grand trajet fluvial, trois ports permettent aux producteurs de charger leurs marchandises à Damazan, Meilhan-sur-Garonne et Castets-et-Castillon. Les livraisons sont ensuite effectuées à Langon et à Bordeaux (aux Bassins à flot et au ponton d’honneur).

Pour ces quatre jours de fret, entre 5.000 et 6.000 euros ont été nécessaires sans compter le budget alloué à la communication et le déplacement de certains membres du collectif. « On chiffre souvent le coût du transport dans la distribution à hauteur de 10% du CA, détaille le directeur de la coopérative MBSO, Benjamin Labelle. Donc pour absorber les coûts logistiques, il faudrait transporter environ 50.000 euros de marchandises par voyage, ce qui est tout à fait atteignable. » Pour ce voyage entre 15.000 et 20.000 euros de produits étaient embarqués à bord de la Tourmente, et les quantités pourraient être optimisées au fil du temps, notamment avec un système réfrigérant. « On n’est pas à des années lumières d’avoir un modèle économique viable », précise Benjamin Labelle.

Un engagement environnemental

Au-delà du transport fluvial, deux autres paramètres entrent en compte : le premier et le dernier kilomètre. Le développement des mobilités douces, par exemple le vélo-cargo, rend aujourd’hui plus atteignables les exigences écologiques de Garonne Fertile. Si à Damazan, MBSO est situé à 2 km seulement du premier port, la question se pose pour la métropole bordelaise. « Les opérateurs sont de mieux en mieux organisés concernant le bas carbone, affirme le directeur de la coopérative. Il y a des offres très différentes en termes de prix et c’est à nous de faire un comparatif. »

A Bordeaux le restaurant Casa Gaïa, acteur du projet, scrute avec attention les possibilités offertes par le fluvial. « C’est une solution qu’on pourrait proposer aux producteurs avec lesquels on travaille pour mutualiser leurs livraisons, même si nous essayons déjà de le faire, explique la cofondatrice Clémence Bardaine. C’est un engagement avant tout environnemental et territorial, et il est indispensable pour nous de continuer la prospective autour des circuits d’approvisionnement car c’est le cœur de notre modèle économique. »

A la recherche du bon modèle économique

Une quinzaine de clients comme le restaurant scolaire de Langon, la cuisine centrale de Lormont ou le traiteur O Bocaux sont intéressés par le projet. « Il faut trouver un modèle économique et répondre aux différentes contraintes, réfléchit Benjamin Labelle. Organisationnelles, temporelles… » Et voir, ensuite, si les différents opérateurs présents acceptent cela. « Dans tous les cas ce voyage-pilote a initié une très belle dynamique, conclut Clémence Bardaine. La demande est là, maintenant il faut de l’ingénierie de projet économique pour poursuivre. »

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