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Laurent Marti : « l’UBB a besoin du soutien de ses abonnés et partenaires »

Stratégie
vendredi 11 décembre 2020

Privé des recettes liées à la billetterie pendant encore au moins trois semaines, l'Union Bordeaux-Bègles compte sur le soutien de ses abonnés et de ses partenaires, tout en préparant la création de sa fondation Coeur de Rugby. Point sur la situation avec Laurent Marti, président du club.

On imagine une certaine déception suite à l’annonce de la prolongation des mesures sanitaires concernant les stades ?
C’est bien sûr une immense déception. On s’y attendait un peu, dans la mesure où le sport était complètement oublié dans la dernière allocution du président de la République. On s’était étonné qu’on puisse accepter de laisser rentrer des personnes dans des endroits fermés et pas dans des stades de plein air. Les stades ont finalement été reconsidérés au même niveau que les salles de cinéma ou de spectacle, on attend maintenant de voir s’il sera possible d’accueillir du public en début d’année.

Vous aviez préparé le retour du public au stade Chaban Delmas ?
Nous avons pris des mesures pour faciliter le retour du public et nous avons investi dans du matériel. Nous avons aussi commencé à discuter avec notre traiteur pour préparer des coffrets qui auraient pu être distribués aux partenaires à leur arrivée au stade, ça aurait été sympa. Tous ces efforts tombent un peu à l’eau, mais c’est le quotidien de toutes les entreprises de spectacle, on navigue à vue.

L’absence de visibilité est le paramètre le plus difficile à gérer ?
Ce qu’on comprend de la situation, c’est que le gouvernement a fait le choix de préserver ceux dont la santé est la plus fragile, avec des mesures qui évoluent en fonction de l’épidémie. Tout ça, nous le comprenons parfaitement et nous l’acceptons. En revanche, nous aurions effectivement besoin d’arriver à fixer une date claire pour commencer à faire revenir progressivement du public. Prenez l’exemple de l’Angleterre, où les mesures de confinement ont été très strictes. Il y a eu des réouvertures progressives, avec une jauge de spectateurs fixée en fonction de la taille du stade ou du niveau de l’épidémie dans la région. C’est le genre d’horizon dont nous avons besoin.

Quel est l’impact sur la santé financière du club ?
La situation est catastrophique. C’est un peu comme si vous demandiez à un restaurant d’ouvrir, de préparer à manger et de payer ses salariés, mais sans faire payer ses clients. Le gouvernement voit bien que la population s’agace un peu et a besoin d’occupation. Pour ça, il y a la télévision, mais la télévision sans sport c’est moins bien. Quelque part, on nous demande donc de continuer à jouer et de payer toutes nos charges, mais nous n’avons pas le droit de faire des recettes.

A fin juin, les pertes seront abyssales si nous sommes contraints de continuer à jouer à huis-clos. Les aides de l’Etat ne couvrent aujourd’hui que 20 à 30% de ces pertes. Pour nous en sortir, nous avons besoin de retrouver du public rapidement, nous appuyer sur le prêt garanti par l’Etat et compter sur la générosité de nos abonnés et partenaires en espérant qu’ils ne demandent pas de remboursements. La loi nous permet de faire un avoir de 18 mois, mais je ne veux pas fonctionner comme ça. Ce que je souhaite, c’est que les partenaires et les abonnés nous soutiennent. Donc s’ils veulent se faire rembourser, on le fera en leur expliquant que ça mène l’UBB vers une situation dont on ne pourra pas se sortir, mais c’est à eux de choisir.

Avez-vous déjà reçu des demandes de remboursement et comment vous projetez-vous sur la deuxième moitié de la saison ?
Nous avons reçu des demandes de quelques abonnés et deux ou trois partenaires, mais c’est infime pour l’instant. Pour ce qui est des projections, on ne sait rien et personne ne sait rien sur l’allure à laquelle on aura un vaccin et la possibilité de faire vacciner la population.

La crise a-t-elle mis un coup d’arrêt à votre projet d’ouverture du capital du club ?
On était bien avancé, mais la crise du Covid est arrivée, ce qui a tout bloqué. Aujourd’hui, je pense que parler d’une augmentation de capital dans une situation aussi incertaine ne serait pas sérieux. On va donc attendre de voir comment se finit la saison et surtout comment se règle la situation sanitaire.

Vous portez donc seul le déficit ? A titre plus personnel, quel est votre état d’esprit face à ces difficultés ?
Nous avons reçu un PGE de 5 millions d’euros, heureusement. Pour ce qui est du perso… ça doit être ma 14e saison de président. Il y en a eu deux ou trois vraiment exceptionnelles, comme la saison dernière interrompue en cours de route. C’est difficile de gérer un club, mais personne ne m’a obligé à venir et personne ne me force à rester, quelque part je suis habitué à ce que ce soit dur, donc je continue à me battre, avec le soutien du public bordelais qui est quand même le premier public d’Europe. Nous sommes tous portés par cette euphorie.

Comment mobiliser plus largement ces soutiens ?
On se creuse en permanence la tête pour faire vivre le club et multiplier les actions, notamment sur le digital où nous sommes devenus très présents. Comme dans toute entreprise, on cherche en permanence ce qu’on pourrait faire mieux. Entre autres projets, nous sommes en train de créer une fondation, Cœur de Rugby, qui pourra recevoir des dons et aidera à la fois l’UBB, notre centre de formation et le rugby en général. On en est au stade de l’autorisation, elle devrait être créée dans les deux mois.

Bordeaux Métropole officialise aujourd’hui son entrée dans la prochaine Coupe du Monde de Rugby avec l’accueil d’au moins 4 matchs en 2023, est-ce une bonne nouvelle pour l’UBB ?
L’accueil de la prochaine coupe du Monde va booster le rugby sur le plan national et devrait participer fortement à la reprise économique de notre sport. C’est donc une excellente nouvelle dont le club devrait profiter de façon indirecte !

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