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« Le rôle de l'expert comptable est d'éclairer les décisions du dirigeant », Mikaël Hugonnet

Stratégie
mercredi 20 janvier 2021

Mikaël Hugonnet

Comment favoriser la sortie de crise économique et préparer la relance ? La question anime l’ordre des experts comptables, au niveau national comme à l’échelle régionale, en parallèle des réflexions liées à l'évolution du métier. Les explications de Mikaël Hugonnet, récemment élu à la présidence du conseil de l’ordre des experts-comptables de Nouvelle Aquitaine.

Quelles sont vos priorités pour l’ordre régional à l’aube de cette nouvelle mandature ?
La première priorité est interne à la profession. Nous venons de passer de trois ordres régionaux distincts à une seule région administrative, ce qui signifie qu’il faut réussir à regrouper 1700 experts comptables sous une même bannière et assurer de la proximité sur tout le territoire, à l’échelle de 12 départements. Le deuxième axe concerne lui aussi notre métier, mais il sert directement nos clients. Il s’agit d’apporter le meilleur service possible aux experts comptables de la région, ce qui passe notamment par la formation, via notre institut de formation interne, sur des sujets comme l’évolution des outils technologiques, le management ou l’accompagnement des entreprises sur les problématiques RH. Le troisième axe de notre action a lui aussi des répercussions sur l’externe, puisque nous allons continuer d’assurer la visibilité de notre profession dans notre écosystème économique, vis-à-vis des acteurs institutionnels, des préfectures, de la banque de France, etc.

Au-delà de la crise sanitaire, quels sont les sujets de fond qui animent la profession ?
Parmi les sujets qui nous importent beaucoup, il y a bien sûr la question du recrutement. Nous faisons partie des métiers les plus en tension sur le sujet. La raison n’est pas liée à un déficit d’attractivité, mais plutôt au fait qu’une génération d’experts comptables part à la retraite, et qu’il faut donc recruter pour les remplacer, en sachant qu’il y a peu de phénomènes de licenciement ou d’économie d’échelle dans nos métiers, puisque même quand des cabinets se regroupent il n’y pas de suppression de poste dans la mesure où il faut toujours fournir le même niveau de prestation aux clients. En parallèle, il faut composer avec l’évolution du métier. Aujourd’hui, nous cherchons par exemple des compétences de plus en plus prégnantes sur toutes les questions liées au social et aux ressources humaines. On ne cherche plus simplement des gens qui font du bulletin de paie mais des salariés capables d’apporter du conseil sur des sujets variés.

Le métier se transforme ? 
La comptabilité, le bilan et les déclarations fiscales sont une base, mais la vraie valeur ajoutée de l’expert-comptable vient de l’accompagnement apporté au chef d’entreprise sur toutes les phases de la vie de sa société, qu’il s’agisse de la création, des recrutements, des locaux ou des achats de matériel, jusqu’à l’éventuelle mort de l’entreprise. Notre rôle à ce niveau est d’éclairer les décisions du chef d’entreprise, pour l’aider à s’y retrouver dans les méandres administratifs. On le voit bien en ce moment avec la situation liée au Covid. Il faut déchiffrer des dizaines de pages pour comprendre si on a droit au fonds de solidarité et dans quelles proportions. Donc nous sommes là pour aider le chef d’entreprise à évaluer ses options, et lui faire prendre les bonnes décisions, ou en tout cas les moins mauvaises quand la situation est difficile.

C’est l’une des raisons pour lesquelles la profession est en tension, on cherche désormais des profils moins purement comptables, capables de travailler sur tout ce qui touche à l’analyse de la donnée. Nous disposons de véritables mines d’informations, l’objectif est donc désormais de traiter cette donnée économique et financière pour orienter de façon plus précise le chef d’entreprise et lui fournir des tableaux de bord toujours plus pertinents.

On imagine que cette dimension conseil prend une importance toute particulière en cette période de crise ?
Il y aura forcément des conséquences économiques. Pour l’instant, il y a assez peu de défaillances d’entreprise, et les chefs d’entreprise sont de nature résiliente, ils essaient d’avancer malgré tout et d’imaginer de nouvelles façons de servir leurs clients, c’est dans leur ADN. On n’observe ni pessimisme excessif, ni optimisme béat, mais une réelle inquiétude, parce que personne n’a de visibilité sur la sortie de crise. Cette inquiétude est d’autant plus sensible chez ceux qui voulaient transmettre leur entreprise, du fait de l’impact sur la valorisation. Elle est surtout très forte chez ceux qui ont utilisé tout ou partie de leur PGE, ce qui veut dire qu’ils se retrouvent en position de sous-activité avec une perte de rentabilité. Nous sommes là pour aider, conseiller et parfois aussi rassurer sur ces phases plus complexes pendant lesquelles il faut surtout ne pas perdre de temps et garder un maximum de lucidité sur les événements. Le meilleur conseil est de ne pas s’enferrer dans une situation inextricable.

Comment éviter que les aides ne finissent par placer les entreprises face à un mur de trésorerie ?
Toutes ces aides constituent un soutien artificiel, qui était néanmoins indispensable. L’activité partielle, le report d’échéances, le fonds de solidarité et le PGE sont globalement de bons mécanismes d’accompagnement pour passer ce cap, mais pour rembourser, il faut gagner de l’argent, donc être rentable. C’est vrai pour le PGE, pour lequel on observe des montants importants, allant parfois jusqu’à 25% du chiffre d’affaires, ce qui signifie que le remboursement sera difficile pour les entreprises en tension. Notre position, en tant qu’experts-comptables, est qu’il faut faire évoluer ces dispositifs pour permettre un remboursement sur des délais plus importants, voire même permettre de rembourser sans échéance précise tant que l’entreprise n’est pas rentable.

Les 50 propositions transmises par l’ordre des experts-comptables à Bruno Le Maire vont dans ce sens ?
Ces cinquante propositions, portées par l’ordre au niveau national, s’appuient sur les remontées du terrain formulées par les 21.000 experts comptables de France. Elles suivent une logique de simplification administrative, pour amener plus de fluidité dans les relations entre l’entreprise et l’administration, et favoriser une relance économique immédiate. Nous proposons par exemple que le dispositif d’activité partielle puisse bénéficier aussi au dirigeant, et que la mise en œuvre soit prolongée jusqu’au 31 décembre sans qu’il soit nécessaire de refaire une demande tous les deux mois. Nous formulons également des mesures de financement de l’économie, visant à favoriser l’investissement dans l’entreprise, ainsi que des propositions fiscales de type suramortissement ou crédit d’impôt accéléré. D’autres proposent d’amener plus de souplesse sur le droit du travail. On n’est pas là pour dire qu’il faut tout libéraliser. Nous proposons simplement un peu de liberté et de flexibilité dans les modalités organisationnelles, sans perdre de vue la nécessité de conserver un cadre et des bornes.

Au niveau régional, la précédente équipe avait tenté de porter la voix des experts comptables dans le débat public avec la création d’un think tank, l’institut Sofos. Allez-vous poursuivre dans cette voie ?
L’idée de l’institut Sofos est effectivement de porter des analyses économiques et des propositions d’amélioration sur la place publique, pour le bien de l’économie. La dernière étude publiée proposait par exemple des mesures liées à l’épargne, pour faciliter sa réorientation vers l’économie et renforcer les fonds propres des entreprises. C’est un organe sur lequel nous souhaitons nous appuyer de façon importante dans les mois qui viennent, d’abord au niveau régional, puis pourquoi pas au niveau national.

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