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La cagette culturelle : concentré de culture en circuit-court

Demain
lundi 07 septembre 2020

La Cagette Culturelle de Laurent Laffargue - photo MP

Et si « consommer local » s’appliquait aussi à des CD ou des livres ? S’inspirant des paniers proposés par les AMAP, des producteurs de musique et éditeurs indépendants girondins ont tenté l’essai en lançant leur « cagette culturelle ».

L’idée a surgi, pendant le confinement, devant quelques verres de bières, dans les locaux de la place de la Victoire où sont réunis plusieurs labels de musique indépendants. Pourquoi ne pas proposer directement aux consommateurs, une cagette, à l’image des paniers AMAP, garnie de CD ou disques, de livres et BD ? « Sans oublier quelques bières artisanales et du vin bio, les boissons accompagnant souvent les moments de musique », précise Laurent Laffargue, manager Platinum Records à l’origine de cette initiative avec Sean Bouchard, fondateur du label Talitres.

Rapidement, d’autres acteurs culturels adhérent à leur projet : le label Vicious Circle situé de même dans les locaux à La Victoire-, les éditeurs Cornelius de Bègles et Agullo de Villenave-d’Ornon, une viticultrice du château Brethous de Camblanes-et-Meynac et la jeune brasserie artisanale Eiffel Papillon de Mérignac. La cagette se remplit « de grains, de mots, d’images et de notes » : 1 BD, 1 livre, 3 CD ou vinyles, 1 bouteille de vin et 3 bières.

Sa vente est lancée, en juin dernier, à un prix attractif de 55€ ou 66€ (version vinyle), soit à des tarifs de gros appliqués habituellement aux distributeurs. La cagette se retire directement, aux horaires d‘ouverture, dans les locaux de certains de ces acteurs culturels, notamment à La Victoire. L’originalité du projet séduit et se solde dans les semaines qui suivent par la vente d’une cinquantaine de cagettes culturelles.

L’essai se révèle réussi pour ces différents acteurs qui dès lors vont poursuivre l’aventure en proposant deux nouvelles cagettes, l’une en octobre, l’autre peu avant les fêtes de Noël.

Un nouveau modèle face à la course au rendement

« Ce premier essai a permis -ce que nous souhaitions dès l’origine-, de nous rapprocher entre acteurs culturels autour d’un projet commun, de tisser des liens et aussi de mieux partager nos problématiques », estime Laurent Laffargue, qui se réjouit par ailleurs, grâce au système de collecte dans leurs locaux, d’avoir pu établir une relation plus directe et humaine avec les acheteurs.

« L’idée de la cagette culturelle en effet n’est pas d’être dans une distribution massive, mais de s’adresser à une population qui veut être un soutien à une production locale, qui s’implique, prête à jouer le jeu de la découverte culturelle, à soutenir, comme dans les AMAP, la diversité et la qualité des produits. On se sent proche de ce combat des agriculteurs qui cherchent à favoriser des circuits courts et proposent une autre approche pour ne pas se retrouver piéger par la course au rendement lorsqu’ils s’adressent à la grande distribution ».

Cette recherche de solutions alternatives révèle de fait les difficultés économiques actuelles rencontrées par le secteur culturel et notamment les acteurs indépendants. La décision, à titre d’exemple, de la part des grandes enseignes de distribution de ne plus acheter directement les CD et disques aux producteurs mais de proposer désormais un service de dépôt-vente, avec retour des invendus, complique la viabilité des petits labels.

Selon Laurent Laffargue, « les risques sont désormais seulement pour les producteurs en début de chaîne. Nous nous retrouvons dans un cercle vicieux de devoir produire plus de disques pour absorber les invendus et les retours des disques précédents. Les majors ont validé ce système et les indépendants ont dû suivre. »


Laurent Laffargue et sa Cagette Culturelle - photo MP

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