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Horizeo : coup d'envoi du débat public autour du parc solaire de Saucats

Écosystème
mardi 07 septembre 2021

Jacques Archimbaud, président de la commission particulière du débat public dédiée au projet Horizeo - photo AL

Le parc solaire à 1 milliard d’euros imaginé par Engie et Neoen à Saucats doit-il voir le jour et, si oui, sous quelle forme ? Le débat public qui s’ouvrira jeudi à Bordeaux doit permettre d’interroger la pertinence du projet et ses modalités de mise en œuvre.

À lui seul, Horizeo augmenterait de plus de 30% la capacité de production photovoltaïque installée en Nouvelle-Aquitaine. Dévoilée en début d’année par Engie et Neoen, cette gigantesque « plateforme énergétique » sonne comme le projet de tous les superlatifs : elle prévoit 1 milliard d’euros d’investissement pour 1 GW de panneaux solaires répartis sur environ 1.000 hectares, un datacenter, un électrolyseur dédié à la production d’hydrogène vert, un ensemble de batteries dédiées au stockage de l’énergie et des parcelles dédiées à l’agrivoltaïsme. À la différence de nombreux projets concurrents, le projet ne mobiliserait les fonds publics qu’à la marge : le financement serait assuré par les maîtres d’ouvrage, avec une électricité vendue directement aux entreprises, via des contrats de gré à gré.

Le projet prendrait place à Saucats, au sud de Bordeaux, non loin de la centrale photovoltaïque déjà installée par Neoen à Cestas. La zone dispose en effet d’un atout unique dans la région : un point de raccordement RTE capable d’absorber cette puissance crête équivalente à la consommation énergétique de 600.000 foyers.

Reste à savoir si le projet est pertinent, au regard de critères aussi divers que les objectifs fixés par la programmation pluriannuelle de l’énergie, les retombées économiques pour le territoire, le bilan carbone réel d’une telle installation, sans oublier bien sûr son impact écologique, puisque les panneaux solaires prendraient place sur des parcelles aujourd’hui dévolues à la production industrielle de pins maritimes ? L’ensemble de ces questions seront débattues pendant quatre mois, à compter du 9 septembre, par l’intermédiaire d’une représentation de la Commission nationale du débat public, dont la saisine est automatique dès lors qu’un projet, public ou privé, dépasse 300 millions d’euros d’investissement.

« La commission particulière, composée de sept membres, travaille sur le sujet depuis plusieurs mois. Nous avons déjà réalisé des dizaines de rencontres, et organisé un atelier préparatoire en juillet à Saucats. Le débat public doit désormais permettre aux citoyens de s’exprimer sur le sujet, afin que la concertation ne se fasse pas qu’entre spécialistes », présente Jacques Archimbaud, son président, qui pilotera ici son sixième débat public. Pendant les quatre mois que durera le débat, la commission espère informer directement jusqu’à 200.000 personnes – via le site dédié à l’opération – et réunir physiquement entre 5.000 et 10.000 personnes au cours d’une trentaine de rendez-vous thématiques et consultations publiques (voir l'agenda), dont la première aura lieu le 9 septembre au Palais des Congrès de Bordeaux. « L’objectif est de faire émerger à la fois les consensus, les zones d’interrogation et les points de dissension, pour faire remonter des recommandations aux maîtres d’ouvrage. In fine, c’est l’Etat qui décidera », résume Jacques Archimbaud.

Des pierres manquantes au débat ?

Le programme de la consultation publique veut n’oublier aucun des aspects structurants du projet, de la pertinence même d’un tel parc aux alternatives possibles, en passant par les impacts environnementaux et écologiques. Certaines questions risquent cependant de rester sans réponse, au moins pendant les premières semaines du débat. La première restitution des études environnementales n’interviendra par exemple que début novembre, et il faudra encore attendre pour obtenir l’analyse du bilan carbone global du projet, ou ses conséquences éventuelles en matière de risque hydrologique – la production de pins maritimes jouant un rôle essentiel dans la prévention des inondations. « On peut y voir une forme de contradiction, mais il nous semblait important d’organiser le débat le plus en amont possible pour poser la question de l’opportunité du projet. Nous avons fait le forcing pour que les études environnementales n’arrivent pas après. On arrive donc à une situation intermédiaire, dans laquelle ces résultats seront présentés au milieu du débat », assume Jacques Archimbaud.

Sur environ 120 projets examinés depuis sa création en 1995, la commission nationale du débat public a rendu des avis favorables dans un tiers des dossiers, des avis défavorables pour un autre tiers, et des propositions de modifications substantielles sur le dernier tiers.

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