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BTP : 15 % des chantiers girondins touchés par la pénurie de matériaux

Écosystème
mercredi 15 septembre 2021

La Maison du BTP de Bordeaux Lac. Crédits : FFB

En Gironde, les 5 500 entreprises du bâtiment n’échappent pas à la pénurie de matériaux que subit l’Hexagone depuis plusieurs mois. Un manque à gagner certain pour ce secteur d’activité qui génère 30 000 emplois directs dans le département. Thierry Leblanc, président de la Fédération française du bâtiment de Gironde, revient sur la situation.

Pourquoi y a-t-il une pénurie et quels sont les matériaux concernés ?
Cela provient des confinements successifs, à travers le monde, qui ont arrêté les chaines d’approvisionnement. La reprise a été lente en 2020, et il y a eu une forte demande en Asie et aux Etats-Unis. Ce qui a entrainé des ruptures de stock et une augmentation très importante du coût des matières premières et matériaux. Tous les matériaux sont concernés. Le cuivre a augmenté de plus de 63 % en un an, l’acier enregistre une hausse entre 40 et 60 % et le bois va jusqu’à 100 % d’augmentation. Nous subissons une pénurie de bois car Donald Trump avait mis en place des taxes sur les bois canadiens, donc les professionnels américains sont venus s’approvisionner chez les producteurs européens. Ce qui est plus étonnant c’est qu’on constate également une pénurie sur des produits comme les polyuréthanes… C’est vraiment toute la filière qui est concernée par cette hausse de prix.

En Gironde, dans quelle mesure les entreprises sont-elles impactées ?
Très concrètement, on dénombre environ 15 % des chantiers qui ont été perturbés ou arrêtés, privés comme publics car la pénurie touche tout le monde. Cela a des répercussions sur toute la chaîne car nous sommes interdépendants. Aujourd’hui, nous ne sommes pas capables de respecter les dates de livraison et nous demandons aux pouvoirs publics comme aux promoteurs, privés, qu’il n’y ait pas de pénalités de retard pour les entreprises. Ce serait une sanction supplémentaire. Pour l’instant ils étudient la chose, Bruno Lemaire a émis une circulaire vis-à-vis des marchés publics mais elle ne s’est pas, à ma connaissance, étendue aux marchés privés. Les professionnels sont très inquiets de la situation. On travaille tous pour essayer de détendre l’atmosphère, pour trouver des solutions avec les maîtres d’ouvrage. Pour renégocier également les devis des marchés, afin que le surcoût soit partagé. Ce qui est important, c’est que les donneurs d’ordre soient conscient de la situation. Toute la profession est concernée et les conséquences pourraient être graves si les entreprises déposaient le bilan, cela pourrait provoquer un effet domino.

Un retour à la normale en 2022 ?

Vous soulignez une pénurie de bois, alors qu’en Nouvelle-Aquitaine nous avons une filière avec notamment le pin des Landes. Ne peut-on pas se rediriger vers cette matière première ?
Je pense que la filière du pin des Landes tourne à plein régime. 90 % de cette matière première sont utilisés pour la papèterie, pour la fabrication de palettes. Il faudrait que la filière se réadapte mais ça ne se fait pas en cinq minutes. Et puis, elle est très éclatée : il faut comprendre qu’ici, c’est l’inverse de certains producteurs qui sont parfois en position de monopole mondial. Vous avez une multitude de petits propriétaires terriens, propriétaires des forêts, qui vendent ensuite leur bois à ce qu’on appelle l’industrie de la seconde transformation. La filière réfléchit aujourd’hui à une réorientation mais elle n’est absolument pas organisée pour pouvoir répondre immédiatement aux demandes du secteur de la construction.

Quand pensez-vous que la pénurie sera terminée ?
Nous pensions que ça se détendrait en septembre mais on s’aperçoit que nos entreprises subissent encore des hausses de prix et ont toujours des pénuries. Je pense que la situation se détendra au premier trimestre 2022, mais d’ici la fin de l’année, aucun indicateur ne prouve que ça va changer. On redoute des pertes de chiffre d’affaires d’ici là, surtout pour les petites entreprises. Quand vous faites un devis, que vous l’exécutez mais que vous subissez de 10 à parfois 100 % d’augmentation du coût des matériaux, vous imaginez les conséquences sur les marges. Dans le bâtiment ces marges sont de 2 à 3 % du résultat net. Les entreprises vont puiser dans leurs fonds propres, c’est évident.

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