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Construction : Pierre Hurmic détaille le label Bâtiment frugal bordelais

Écosystème
lundi 17 mai 2021

Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, et Bernard Blanc, adjoint en charge de l'urbanisme résilient - Crédits : Thomas Sanson mairie de Bordeaux

Espaces extérieurs d'au moins 10m², jardins partagés ou encore conception pour s'exonérer de chauffage ou climatisation : on en sait plus sur le futur label Bâtiment frugal bordelais.

Présenté initialement lundi 3 mai dernier, le label Bâtiment frugal bordelais se dévoile un peu plus. « L’urbanisation générée à Bordeaux ces 20 dernières années a largement contribué à bétonner le paysage, à artificialiser nos sols et à aggraver le phénomène du dérèglement climatique », a martelé l’édile lors d’une conférence de presse. Elaboré ces derniers mois pour répondre aux enjeux environnementaux, le label comporte 42 critères dont 22 seront des prérequis nécessaires à l’obtention des futurs permis de construire. Si pour le moment la municipalité bordelaise travaille conjointement avec les porteurs de projets volontaires, elle intègrera le label dans la modification de son plan local d’urbanisme d’ici quelques semaines.

Une première période d’expérimentation est ainsi lancée durant 6 à 12 mois, pour à terme ajuster le les critères selon les retours d’expérience des acteurs concernés. « Nous avons la conviction que ce label sera stimulant pour les professionnels de l’immobilier et de la construction », a affirmé Pierre Hurmic. Pour chaque futur projet ce référentiel sera provisoirement délivré lors de l’obtention du permis de construire, puis sera confirmé au moment de la livraison de l’ouvrage durant une réunion publique associant les habitants du quartier. Le label décernera une, deux ou trois étoiles selon le nombre de critères remplis.

S’intéresser à l’enveloppe du bâtiment

« On tente de concilier trois grandes dimensions avec ce référentiel, a présenté en préambule Bernard Blanc. Tout d’abord, s’intéresser au bâtiment, à son enveloppe essentiellement, pour qu’il puisse faire face au changement climatique et en particulier sur Bordeaux, aux questions des températures estivales. » Le label veut pousser les porteurs de projets à s’exonérer au maximum de tous les équipements de la chaleur ou du froid, « même si ce n’est pas possible dans tous les cas », précise l’adjoint au maire.

Quelques prérequis : intégrer des protections solaires extérieures pour équiper les orientations exposées, privilégier la ventilation naturelle avec des logements traversant, ou prévoir des besoins en chauffage ne dépassant pas 15 kWh/m²/an en logement, et 20 en tertiaire neufs.

Développer l’habitabilité des logements

En lien avec ce premier point, la deuxième dimension abordée par le label est celle de l’habitabilité des logements. « Ces derniers n’ont jamais été pensés pour faire face à la crise sanitaire que nous connaissons, a poursuivi Bernard Blanc. A Bordeaux vous avez des balcons de 3, 4 ou 5m² maximum, il n’y a pas de jardins partagés dans les résidences et les gens sont enfermés. »

Quelques prérequis : avoir une pièce d’extérieur d’au moins 10 m², avoir un espace vert partagé obligatoire dans la résidence.

Utiliser des matériaux locaux…

Parmi les points qui avaient suscité des inquiétudes chez les acteurs de la construction, l’obligation pour ces derniers de s’approvisionner en matériaux locaux, situés dans un rayon de 200 km autour du projet. « Nous avons pris beaucoup de temps pour vérifier quels matériaux sont disponibles, affirme l’élu. Dans ce rayon il est possible aujourd’hui de trouver des matériaux bio et géosourcés pour fabriquer des bâtiments. »

La municipalité veut retrouver une filière locale, en ancrant la construction dans le territoire. « Si on veut décarboner la production il faut aller trouver l’argile que l’on a au Barp pour fabriquer des briques de terres crues ou cuites, il faut retrouver l’usage du pin maritime de la forêt landaise… Cela pour revenir à une échelle de petits opérateurs, à la fois de la promotion et de la construction. »

… En ayant conscience des problématiques

Pour étayer ses propos et montrer que la municipalité a pris en compte les contraintes de chacun, Bernard Blanc a dévoilé le critère n°20, ayant « le plus d’impact sur le coût de construction » : choisir des matériaux à faible impact environnemental. Si plus de 95% des logements bordelais sont construits en béton coulé sur place, « boulet climatique », pour la majorité écologiste, Pierre Hurmic et ses adjoints ne comptent pas interdire son utilisation. « Chacun des matériaux doit être utilisé là où il est le plus pertinent. Par exemple un premier niveau avec des parkings en rez-de-chaussée ne peut être fait aujourd’hui autrement qu’en béton, rien que par les exigences posées par les pompiers. Mais tout le reste, les étages, peuvent être construits en bois avec des matériaux biosourcés et géosourcés. »

Le label prévoit ainsi de maîtriser la quantité de matériaux mis en œuvre : pour le bâtiment neuf, au moins six ouvrages doivent être à faible impact, et pour la réhabilitation au moins trois.

Ce référentiel Bâtiment frugal bordelais s’adresse aussi bien aux particuliers, accompagnés ou non par un professionnel, qu’aux porteurs de projets professionnels.

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