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Amalia Festa, femme forte au pays des moteurs marins

Inspiration
vendredi 16 octobre 2020

Amalia Festa dans son bureau de Nanni - Photo MB

Amalia Festa dirige Nanni Industries depuis 1991. Italo-française, cette cheffe d’entreprise a su s’imposer dans une filière pourtant très masculine : la marinisation de moteurs industriels. Entre ténacité et gestion familiale, elle mène son entreprise, 3e mondiale, d’une main de fer dans un gant de velours.

Lorsque l’on franchit le pallier du bureau d’Amalia Festa, dans les locaux de Nanni Industries à la Teste-de-Buch, on se croirait presque à la maison. Les murs orange chargés de photos de famille dénotent des traditionnels locaux austères de dirigeants. Plantes vertes, bibelots, table en bois, nous sommes (presque) dans un vrai salon. Au fond, une impressionnante statue de la Vierge Marie trône, une bougie allumée devant elle.

« D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours aimé la mécanique, la logique », se remémore la cheffe d’entreprise. Italienne, elle fait ses études de gestion d’entreprise à Turin. « J’ai grandi dans l’industrie. Mon père était un industriel qui évoluait dans la production de serrures automobiles, suivre sa voie était comme une évidence pour moi. »

S’imposer en tant que femme

Après avoir privilégié sa vie de famille et donné naissance à deux enfants, Amalia Festa rachète Nanni en 1991. « C’était un hasard. Mon père a cessé son activité et j’ai acquis cette entreprise car j’en ai eu l’occasion, tout simplement. » Fondée en 1952 à Milan, Nanni est spécialisée dans la marinisation de moteurs industriels. « J’ai décidé de concentrer la production en France, reprend la cheffe d’entreprise. Sur le bassin d’Arcachon. Et surtout, de miser sur l’innovation, pour être toujours en avance. »

Sa force, c’est sa ténacité. Sa capacité à prévoir et anticiper. « Nous sommes dans un secteur très masculin, qui l’était encore plus lorsque j’ai démarré. Il y avait toujours de la méfiance envers moi, on me sous-évaluait. Le monde du nautisme et des moteurs est très traditionnel et en tant que femme, qui a des capacités et sait avancer, je n’ai pas toujours été acceptée. » De son avis, cette acceptation a été plus rapide en Italie que dans l’Hexagone. « Je ne suis pas encore assez reconnue ici, lâche-t-elle. C’est un petit milieu, tout le monde se parle et la reconnaissance, notamment des concurrents, vient au fur et à mesure comme un effet boule de neige. »

Une entreprise familiale n°3 mondial

Dans les années 1990, Nanni devient le n°3 mondial en moteurs diesels marins. Puis dans les années 2010, l’entreprise donne un coup d’accélérateur dans la R&D. « Nous développons des projets de moteurs hybrides, détaille sa dirigeante. Nous sommes la seule entreprise familiale spécialisée dans la marinisation en France. »

Cette famille, Amalia Festa y tient. Aujourd’hui plus que jamais Nanni est portée par cette valeur, et deux des trois enfants de la dirigeante y travaillent, avec son mari. « C’est fondamental, cet esprit familial. À la différence des grands groupes, ici tout le monde se sent concerné. » Nanni compte aujourd’hui 80 salariés, réalise 3000 moteurs par an et terminera l’année 2020 avec un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros. L’entreprise, internationale, compte 2500 points de vente dans 100 pays. « Je suis très fière de ce que j’ai accompli. Toute ma vie, j’ai avancé en me cognant contre les murs, en croisant des machos. C’est au fur et à mesure que je me suis fait respecter. »

La crise, un retour à la réalité

« À mon sens, la crise du Covid-19 est une opportunité, affirme Amalia Festa. Elle a amené à se remettre en question de manière très brutale. Nous avons vécu des années un peu virtuelles et là, nous sommes ramenés à la réalité. Il faut travailler, faire chaque jour ce que la vie nous permet. »

En mars, l’arrêt de la production a été total. Puis durant plusieurs semaines, la cheffe d’entreprise est revenue tous les jours dans son usine, avec son mari et une petite équipe de production. « Nous avons continué durant tout le confinement et on a réussi à produire. J’avais prévu des stocks de sécurité plus conséquents, et on a pu continuer notre activité sans pénurie de matériaux. » Pour autant Nanni enregistre une baisse du chiffre d’affaires de 20% par rapport à l’année dernière.

Dans les prochaines années, Amalia Festa veut développer encore un peu plus les moteurs hybrides et électriques. En attendant d’atteindre cet objectif, la cheffe d’entreprise fait vivre son entreprise, une tasse de café italien fumant à la main.

Nanni Industries
Basée à la Teste-de-Buch
80 salariés
CA 2020 : 25M€
www.nannienergy.com

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