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Agriculture urbaine (2/5) : la ferme du XXIe siècle bientôt à Mérignac

Stratégie
mercredi 14 avril 2021

La ferme pilote et expérimentale "Pauline" située à Lormont.

A mi-chemin entre le maraîchage, la start-up et l’agro-industrie, la société Les Nouvelles Fermes a expérimenté durant deux ans un modèle de ferme urbaine, innovante, respectueuse de l’environnement et rentable. Grâce à une levée de fonds de 2 M€, elle projette d’installer à Mérignac en 2021 une ferme aquaponique de 5000 m2 et d’étendre son concept dans toute l’Europe d’ici à une dizaine d’année.

On la découvre dans le bas Lormont, entre les voies ferrées et les entreprises de la zone industrielle Lissandre : la ferme Pauline, une serre de 1000 m² à l’apparence très classique abritant des rangées d’herbes aromatiques, salades, fruits…Si ce n’est sa situation en zone urbaine, elle a aussi la particularité d’abriter quatre bacs de truites arc-en-ciel et d’expérimenter une technique peu répandue mais qui se développe depuis une dizaine d’année : l’aquaponie. On compte aujourd’hui en France un peu moins d’une dizaine de fermes de ce type. Basée sur un système hydraulique vertueux, en circuit fermé, cette culture allie l’élevage de poissons et une production maraîchère hors-sol où les racines des plantes poussent dans une eau enrichie en nitrate grâce à la transformation des déjections des poissons (voir notre reportage vidéo).

Rendements élevés et circuits-courts

Outre qu’il ne recourt à aucun engrais chimique de synthèse et utilise dix fois moins d’eau que l’agriculture pleine terre, ce modèle de culture se révèle très intensif. « Ici, sur 1000 m2, nous produisons ce que l’on ferait en agriculture traditionnelle sur 5000 m2. Nous avons des rendements de 3 à 6 fois plus élevés », affirme ainsi Thomas Boisserie, président de la sas agricole « Les Nouvelles Fermes », qui produit 20t de fruits et légumes et 2t de truites par an, distribuées -autre argument de poids- dans un rayon de 20 Km. Le défi, de fait, en étant situé en milieu urbain, est de répondre à l’un des enjeux majeurs actuels : être au plus près des consommateurs pour réduire au maximum le bilan carbone du transport d’aliments. « Aujourd’hui, une tomate parcourt en moyenne 1500 Km pour arriver dans nos assiettes. L’agriculture est le second secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre. Il y a une révolution agricole à mette en place. C’est ce qui a nous poussé, moi et les quatre autres cofondateurs de la société à quitter nos bureaux climatisés ». Non sans succès.


Le site de Lormont produit 20t de fruits et légumes et 2t de truites par an

Une rentabilité générée uniquement par la vente des produits

Lancée en 2019, Pauline Air Farme -devenue aujourd’hui une filiale de la SA Les Nouvelles fermes-, et qui emploie trois salariés, devrait ainsi générer un chiffre d’affaires de 150 000€ cette année. Par la vente de leur production (60% en GMS et aux restaurateurs, le reste en vente directe et e-commerce), la ferme expérimentale a même atteint en 2021 le seuil de rentabilité. « Contrairement à d’autres expériences menées dans l’agriculture urbaine, la viabilité économique de notre modèle ne s’appuie pas sur des prestations complémentaires de services, la création d’événementiels ou des ateliers de sensibilisation. C’est en cela que nous avons une carte à jouer et que notre projet créé l’adhésion. Notre volonté est de ramener l’agriculture paysanne en ville, être des producteurs, plus que des animateurs », indique Thomas Boisserie qui précise qu’avec des prix de 10% à 15 % moins cher que le bio, leur modèle économique est aussi de proposer des produits de qualité, accessibles à tous.

Création de 17 emplois en 2021

De fait, soutenue dès le départ par les pouvoirs publics (Europe, Région, Département) et la BPI pour un investissement initial de 250 000€, la société Les Nouvelles Fermes, forte d’une première expérimentation réussie, vient tout juste de réaliser une levée de fonds conséquente de 2 M€ auprès de IRDI Capital Investissement, de business angels, de la Banque des Territoires, du Crédit agricole et du CIC. Accompagnée par l’ADI, Agence de développement et d’innovation de Nouvelle-Aquitaine, la jeune SAS projette désormais de bâtir l’une des plus grandes fermes urbaines d’Europe en aquaponie, soit une serre de 5000 m2 sur un terrain qu’ils ont acquis à Mérignac, situé entre la rocade et l’aéroport. Dénommée « Odette », cette ferme, duplicata quintuplé de la ferme de Lormont, nécessitera le recrutement de 17 personnes. « Les trois quarts de ces salariés ne seront d’ailleurs pas forcément du secteur agricole. Notre volonté est aussi de susciter des vocations. Dans 10 ans, 50% des agriculteurs en France seront partis à la retraite. Il faut préparer la relève, ne pas laisser la porte ouverte à l’intensification et la mécanisation des cultures, destructrices pour l’environnement », commente le jeune président des Nouvelles Fermes.


Thomas Boisserie, président des Nouvelles Fermes

R&D : partenariat avec Orange

Des partenariats devraient être passés avec les collectivités territoriales pour de nouveaux débouchés dans la restauration collective. De même un accord a été signé avec Orange, qui déploiera ses ingénieurs et une constellation de capteurs afin de recueillir des données data sur les températures, quantité de nitrates, humidité… Avec un objectif : développer un modèle technologique duplicable et adapté selon les climats dans de futures fermes. « Notre ambition est ainsi d’ici 2022-2023 d’ouvrir trois fermes dans de grands métropoles françaises telle que Lyon, Lille… et d’être également présent, d‘ici dix ans, dans de grandes métropoles européennes », conclue Thomas Boisserie.


Retrouvez le premier article de notre série consacrée à l'agriculture urbaine: Comment l’agriculture investit la ville ?

Regardez notre webinaire : Circuits courts: effet de mode ou changement structurel?

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