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Aérospatiale : après la crise, comment s'en sort la filière ?

Écosystème
vendredi 10 décembre 2021

Photo d'illustration. Crédits : Adobe Stock Poco-Bw

En Nouvelle-Aquitaine, quelles sont les conséquences de la crise sur la filière aérospatiale ? Quel est le poids de cette filière, et ses perspectives ? Éléments de réponse grâce à l’INSEE, qui vient de dévoiler une enquête réalisée au printemps 2021.

« Je suis heureux d’accueillir cette conférence, à un moment où la filière aérospatiale est encore instable, même si on peut espérer être sorti du plus dur », déclare Bruno Darboux, président du pôle toulousain Aérospace Valley. Ce vendredi 10 décembre, l’INSEE (institut national de la statistique et des études économiques) présente le compte-rendu de son enquête sur les filières aéronautique et spatial, en France et dans le Grand Sud-Ouest (Nouvelle-Aquitaine et Occitanie).

L’INSEE, qui réalisait depuis plusieurs années des enquêtes à l’échelle régionale, a élargi son périmètre à l’échelle nationale au début de la crise. « Cela nous a permis de connaître le poids de l’aérospatial dans l’économie française, comment se situent les différentes régions et pour chacune d’entre elle, quel est le poids de la filière dans leur économie », présente Caroline Jamet, directrice de l’INSEE Occitanie. Premier bilan : la France compte 4.480 sociétés, qui emploient 263.000 salariés hors intérim. « 7% des emplois salariés de la filière sont dans l’industrie », précise Caroline Jamet. En 2020, à l’échelle nationale, l’aérospatial générait ainsi un chiffre d’affaires de 106 milliards d’euros (soit une baisse d’un tiers par rapport aux années précédentes).

4% de l’emploi national autour de Bordeaux

Près de 1.300 entreprises et 1.600 établissements sont aujourd’hui implantés dans le Grand Sud-Ouest, ce qui représente plus d’un quart des établissements installés en France. Côté emplois, la filière compte 147.000 salariés dont 104.000 dédiés aux activités aéronautiques et spatiales. Si l’Occitanie s’impose – sans surprise – comme la région comptant le plus de salariés de l’aérospatial, la Nouvelle-Aquitaine compte 49.000 emplois dont 29.000 dédiés, et arrive en troisième position (derrière l'Ile-de-France).


Source : INSEE

Dans le détail, « l’aérospatial représente 4% de l’emploi marchand dans le Grand Sud-Ouest, soit 2,5 fois plus qu’au niveau national, et 16% de l’emploi industriel », précise Karim Mouhali, chef de projet INSEE Nouvelle-Aquitaine. En Gironde, la zone économique de Bordeaux concentre presque 4% de la filière nationale (contre 25% à Toulouse), et presque 3% de l’emploi marchand.


Source : INSEE

En Nouvelle-Aquitaine, une baise de CA de 29%

Dans son enquête, l’INSEE mesure les conséquences de la crise sur les entreprises du territoire, et « une baisse d’activité sans précédent ». De manière globale, dans le Grand Sud-Ouest, les entreprises ont enregistré une chute de leur chiffre d’affaires de 34% en 2020, tout comme à l’échelle nationale (-32%). Les sociétés néoaquitaines enregistrent pour leur part une perte moyenne de 29% de leur chiffre d’affaires. L’aéronautique a particulièrement été touché, quand le spatial, lui, a mieux résisté.


Source : INSEE

Pour les trois-quarts des entreprises interrogées, cette baisse d’activité est corrélée à la baisse de la demande, française et internationale. Les contraintes sanitaires sont pointées du doigt par 6 répondants sur 10, et 18% soulignent des difficultés d’approvisionnement. Si aucun secteur n’a été épargné, la construction aéronautique et spatiale reste la plus concernée par ces réalités. « Le chiffre d’affaires des grandes entreprises, très présentes dans le secteur, est celui qui a le plus diminué, analyse Karim Mouhali. Le secteur des services enregistre une moindre baisse. »

L’emploi semble résister avec une baisse de 6% seulement en 2020 (deux points de moins qu’à l’échelle nationale) : les grandes entreprises apparaissent comme plus résilientes, tandis que les PME et les microentreprises enregistrent un recul de 14% de l’emploi. Là encore, la baisse est plus marquée dans l’aéronautique. « A noter que seulement 2% des entreprises ont décidé de relocaliser une partie de leur activité aérospatiale, et 7% ont réinternalisé une partie de leur activité », reprend Karim Mouhali.


Source : INSEE

Une prudence qui reste de mise

Pour finir, l’INSEE s’est intéressée aux perspectives de développement des répondants. « Tous les voyants ne sont pas au vert, mais globalement dans l’aéronautique, le solde d’opinion est positif, commente Karim Mouhali. On note un contraste très marqué selon les secteurs d’activité. Dans les services, c’est-à-dire l’ingénierie et l’informatique, l’opinion est plutôt positive, quand dans la métallurgie, il est plutôt à la baisse. » Les grandes entreprises sont également davantage confiantes quant à la reprise d’activité, quand les PME et ETI apparaissent plus pessimistes. Dans le spatial, les effets de la crise étant plus faibles, la reprise attendue est de plus faible intensité.

« Concernant les emplois, les prévisions de reprise restent timides, reprend le chef de projet Nouvelle-Aquitaine. 22% des entreprises prévoient une hausse des emplois, 21% prévoient une baisse, le reste envisage une stabilité. La filière n’est pas totalement sortie de cette crise inédite, des incertitudes planent encore sur l’évolution de la situation. »

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